Il ne suffit pas que les papes disent qu’il n’y a pas de rupture pour qu’il n’y ait pas de rupture.
De même que le pape aura beau répéter que l’herbe est violette et le ciel marron, ça n’en fera pas une réalité objective pour autant. Je conteste cette conception nominaliste qui fait de l’autorité la source de la vérité (une vérité alors factice et artificielle), au lieu d’en être la servante. De même que la liturgie romaine traditionnelle est l’une des lex orandi de la lex credendi catholique, n’en déplaise à François et aux bugninistes.
La rupture introduite par le nouveau missel (sans même parler de sa mise en œuvre apocalyptique qui de toute façon lui est inséparable, contrairement à ce que j’ai moi-même cru pendant des années) est un fait constaté par les plus grands liturgistes du XXe siècle (Bouyer, Ratzinger, Gélineau, Gamber, etc). Le nier, c’est nier l’évidence.
Les traditionalistes ne sont revenus à 1962 qu’à cause de 1969 et du chaos que ce missel a officialisé et legitimé. C’était une réaction prudentielle car ils pensaient que les réformes successives de 1963, 1964, et 1965 étaient des étapes vers 1969. Et ils n’avaient pas entièrement tort car ces réformes intermédiaires charrient du bon… et aussi du contestable. Par exemple le feu vert et même l’encouragement au « face au peuple », qui date de… 1964. On pourrait citer d’autres exemples. Quand on lie de bonnes réformes avec de mauvaises réformes, ceux qui s’opposent au mouvement révolutionnaire ne peuvent pas faire dans le détail: ils rejettent tout en bloc. Je le regrette comme vous mais c’est ainsi et c’est psychologiquement compréhensible. Ça ne change rien au fait que Bugnini lui-même a explicitement dit que 1965 était la version finale de la réforme liturgique post conciliaire et ce n’est pas une affirmation aberrante.
Ratzinger était conscient de la rupture et a tenté de la réparer… en la niant, une fois devenu pape, et en créant cette nouveauté inédite « d’un rite en deux formes ». Cette solution bancale et ce mariage au forceps n’a tenu qu’une petite dizaine d’années, elle a produit des fruits, mais elle ne pouvait de toute façon perdurer. Le pontificat de François est venu tout clarifier, avec la brutalité que l’on sait. C’est pourquoi je suis de moins en moins ratzingérien, au moins sur cette question précise, même si cet homme et son œuvre demeure pour moi une référence incontournable.
Votre prétendu « magistère » que vous semblez tenter de canoniser de manière bien hâtive n’a cessé de se contredire depuis 1970. Summorum Pontificum, affirmant que l’ancienne liturgie n’a jamais été abrogée ni interdite, contredit frontalement la politique (et les déclarations!) de Paul VI sur le sujet (donnant officiellement raison, au passage, à la résistance traditionaliste des années 1970), et sera également frontalement contredite par Traditionis Custodes quelques années plus tard. Avouez que ce prétendu « magistère a été plus qu’erratique sur la question en cinquante ans… Donc une fois de plus, les arguments d’autorité ne sont d’aucun poids dans ce débat et ne font que révéler la fragilité et la fébrilité de votre argumentation.
Effectivement, Benoît XVI comme pape aurait pu faire plus. On peut le lui reprocher, mais ce serait mal connaître sa méthode fondée sur l’influence, l’exemple, la progressivité, la liberté et la douceur. Déjà le peu qu’il a fait lui a coûté extrêmement cher et a soulevé d’immenses levées de bouclier. Un pape ne dispose pas d’une liberté totale et doit tenir compte de son aile gauche, qui bénéficie de l’appui de la quasi totalité du système médiatique du monde occidental, ne l’oublions pas.
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