Dans plusieurs discours prononcés en 1969 Paul VI lui-même a reconnu à demi-mots la radicalité de la réforme qu’il imposait a l’Eglise latine.
Ainsi dans son discours du 19 novembre 1969, il emploie lui-même à plusieurs reprises l’expression de « nouveauté extraordinaire », de « nouveau rite », de « nouveau rite de la messe », célébrée « sous une forme bien différente de celle que, depuis quatre siècles, c'est-à-dire depuis Pie V, après le Concile de Trente, nous sommes habitués à célébrer ». Il reconnait que « le changement a quelque chose de surprenant, d'extraordinaire, si on considère la messe comme une expression traditionnelle et intangible de notre culte, de l'authenticité de notre foi» et qu’elle est « une loi pensée par les spécialistes ».
Reprenant le même vocabulaire dans son discours du 26 novembre de la même année, il affirme en parlant du nouveau rite que « ce n'est pas une petite chose que cette nouveauté », et va même plus loin en sacrifiant sciemment et délibérément le latin et le grégorien : « Ce n'est plus le latin qui sera la langue principale de la messe, mais la langue parlée. Pour celui qui connaît la beauté, la puissance d'expression sacrée du latin, il est certain que sa substitution par une langue vivante sera un grand sacrifice : nous perdons le langage des siècles chrétiens, nous devenons comme des intrus et des novices dans l'expression littéraire du langage sacré, nous perdons une grande part de ce fait artistique et spirituel, étonnant et incomparable, qu'est le chant grégorien. Nous avons, c'est certain, raison de nous attrister; par quoi allons-nous remplacer cette langue angélique ? C'est un sacrifice d'un prix inestimable. Pour quelle raison le faisons-nous ? Qu'est-ce qui vaut davantage que ces très hautes valeurs de notre Eglise ? »
Et dans les directives précises accompagnant ce discours, les termes qu’il utilise renforcent encore cette impression de rupture : « les prêtres qui célèbrent en latin, en privé, ou aussi en public dans les cas prévus par la législation peuvent employer, jusqu'au 28 novembre 1971, ou le missel romain ou le rite nouveau. » Sous-entendu : le « rite nouveau » est une réalité rituelle substantiellement différente du « missel romain »… et non pas simplement une nouvelle édition de ce missel... Même s’il avait bien vocation à se substituer à lui !
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