Pour conclure: par Athanasios D. 2025-09-07 15:07:55 |
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Cher Signo, j'espère que vous lirez ceci attentivement et vous laisserai ensuite le dernier mot. C'est passionnant mais c'est décidément chronophage.
S'il y a une chose que j'ai apprise ici, c'est qu'il faut éviter de tirer des conclusions et toujours aller à la source. L'absence de contexte (et la traduction quelque peu dramatisante) ne rend pas justice au texte original. En lisant donc votre citation dans son contexte immédiat, il est clair que l'abbé - et non pas encore le cardinal - Joseph Ratzinger explique que c'est "la manière d’introduire le nouveau Missel (qui) s’éloigne de la pratique juridique du passé" et que c'est sa promulgation assortie d’une interdiction de l'ancien Missel - "d’ailleurs inconnue dans l’histoire juridique et liturgique" - qui ne correspondait pas aux intentions du Concile Vatican II.
En croisant ceci avec d'autres textes du cardinal (1), on peut conclure que pour lui, la rupture de continuité se trouve essentiellement dans la façon de présenter le nouveau Missel - herméneutique de rupture - plutôt que dans le Missel lui-même - herméneutique de réforme dans la continuité.
Ce qui lui fera dire, une fois élu au souverain pontificat qu' "il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture." (Lettre accompagnant Summorum Pontificum)
Il y a bien deux herméneutiques. Vous avez choisi de défendre l'herméneutique de rupture, j'ai choisi de défendre - à la suite de Benoît XVI - l'herméneutique de réforme dans la continuité. On ne se réconciliera pas là-dessus, comme le montrent les interprétations opposées des citations de Joseph Ratzinger/Benoît XVI que nous avons exprimées plus haut dans ce fil.
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Pour le reste, en bref:
- Mgr Lefebvre ne s'est pas simplement opposé au Pape comme saint Cyprien. Il a déchiré la tunique sans couture du Christ en dressant autel contre autel.
- Je ne fais pas part de mes goûts et je ne cherche pas à en faire la promotion. Ma position est surtout - certes vigoureusement - défensive. Ce qui importe avant tout est la préservation du sacré dans le culte rendu à Dieu, quel que soit le rite utilisé (pourvu qu'il soit reconnu par l'Eglise).
- Sur le point 4, je vous invite à relire l'échange depuis le début. Vous semblez avoir quelque peu perdu le fil et nous avons vraisemblablement été successivement piqués au vif.
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Concernant votre autre intervention:
- Paul VI avait conscience de ses limites personnelles et s'en remettait volontiers à l'avis des experts. Je vous renvoie une fois encore à la note doctrinale, approuvée sans ambiguïté - pour ne citer que ceux que vous avez invoqués pour appuyer vos affirmations - par Louis Bouyer et le cardinal Journet, conclut sur l'article 7 que:
"La définition du chapitre II, dont on a dit qu'elle commandait toute l'interprétation de la Messe selon le nouvel Ordo, n'est pas hérétique, mais catholique. Néanmoins, étant donné que, prise hors de son contexte, elle est équivoque, et que par ailleurs, elle ne rend pas compte de la Messe privée, nous demanderons au Saint Père de bien vouloir la compléter, et d'insérer dans la Constitution apostolique qui précède l'Instruction générale un rappel de la doctrine traditionnelle aussi clair que la Profession de foi ou la susdite allocution du 19 novembre."
Ainsi que le relève l'abbé Jacques Dupuy:"(...) la seconde rédaction ne supprime pas les termes de la première, et se limite seulement à des adjonctions qui précisent le sens des termes techniques. Ce n'est donc pas un nouvel article 7, mais l'article 7 avec des commentaires imposées par les discussions très vives.
De toute manière cet article 7, dans sa première rédaction, est totalement orthodoxe, et si le Souverain Pontife a accepté une modification du texte, c'est qu'Il désirait que le sens en soit plus clair et plus net. Il n'a, en rien, condamné l'ancienne rédaction, il a voulu réagir contre certaines erreurs d'interprétation." (Le missel traditionnel de Paul VI)
"Pour éviter tout malentendu, je dirai que je suis très reconnaissant au nouveau missel pour son contenu (mis à part quelques critiques !), pour avoir enrichi le trésor des oraisons, des préfaces, pour les nouveaux canons, pour avoir accru le nombre des formulaires de messes les jours de semaines, etc., sans parler de la possibilité d'utiliser les langues maternelles. Mais c'est un malheur, à mon avis, d'avoir donné l'impression qu'il s'agissait là d'un livre nouveau, au lieu de replacer l'ensemble dans l'unité de l'histoire liturgique. Je crois donc qu'une nouvelle édition devra montrer et dire clairement que le missel de Paul VI n'est rien d'autre qu'une version nouvelle du missel auquel avaient déjà travaillé saint Pie X, Urbain VIII, saint Pie V et leurs prédécesseurs en remontant jusqu'à l'Eglise primitive. La conscience de l'unité interne ininterrompue de l'histoire de la foi, unité qui s'exprime dans l'unité toujours présente de la prière issue de cette histoire, est essentielle pour l'Eglise. Cette conscience se volatilise tout autant si l'on accorde ses suffrages à un livre liturgique qui aurait été composé il y a quatre cents ans, que si l'on souhaite une liturgie sortie aussi fraîche que possible d'une confection maison." (La Célébration de la Foi)
"Le concile Vatican II avait sans conteste en vue à la fois la croissance organique et le renouvellement. Mais on a parfois tendance de nos jours à (...) entreprendre ce qui est incompatible avec l'essence même de la liturgie.
(...) Je crois que ce qui est prioritaire, c'est que cette manière de faire personnelle et arbitraire disparaisse et que s'éveille le sens intérieur sur le sacré. Dans une deuxième étape, on pourrait voir dans quel domaine on a supprimé trop de choses, et que la cohérence avec toute l'histoire puisse redevenir plus évidente et plus vivante. J'ai moi-même parlé en ce sens de "réforme de la réforme". Dans mon idée, ce devait d'abord être un processus pédagogique, pour marquer un point d'arrêt à ce piétinement de la liturgie par des inventions personnelles." (Voici quel est notre Dieu)
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