Plusieurs choses:
1. Votre comparaison entre Judas et Mgr Lefebvre est choquante et non pertinente, car la trahison et la livraison d’un innocent est une chose intrinsèquement mauvaise, alors que le caractère peccamineux ou non de la désobéissance au pape dépend de l’objet et du contexte. La désobéissance à des ordres iniques et à des abus de pouvoir est intrinsèquement bonne. Je vous rappelle que S. Cyprien de Carthage au IIIe siècle s’est frontalement opposé au pape Etienne sur la question doctrinale du baptême des hérétiques : il avait pourtant tort sur le fond et n’en est pas moins considéré comme saint et comme l’un des plus grands Pères de l’Eglise antique. Bizarrement vous n’osez pas comparer S. Cyprien de Carthage à Judas, et pourtant… Et il est loin d’être le seul. Or Mgr Lefebvre, contrairement à S. Cyprien, avait raison sur le fond au moins sur la question du maintien de l’ancienne liturgie, comme cela a été reconnu officiellement par Benoit XVI en reconnaissant que la messe de S. Pie V n’avait jamais été abrogée… Ce que vous dites peut à la rigueur s’appliquer à partir des sacres de 1988 qui étaient objectivement un acte gravement illicite (O felix culpa !), mais pas dans sa résistance de la fin des années 1960 et du début des années 1970 qui était pleinement justifiée étant donné l’interdiction totale de la liturgie traditionnelle et les abus de masse qui se comettaient partout, sans la moindre réaction des autorités. Par ailleurs c’est l’attitude des autorités qui est la cause du durcissement de ses positions : comment voulez-vous avoir confiance en Rome quand même les envoyés officiels du pape tiennent des propos scandaleux tendant à nier l’historicité de la Résurrection du Christ, comme ce fut le cas lors de la visite apostolique de 1974 ? Et ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres !
2. Affirmer que le NOM était reçu partout « pacifiquement » est une plaisanterie et cette expression révèle à quel point vous vivez dans une sorte de mythologie sans rapport avec la réalité historique : la réalité est qu’il a été reçu dans une ambiance brutale et révolutionnaire presque partout, en France en tout cas, et qu’il y a eu de nombreux foyers de résistance très divers, dont beaucoup ont été réprimés par les autorités. Lisez l'Histoire des traditionalistes de Chiron, lisez L'ivresse et le vertige de Yvan Tranvouez... bref lisez et informez-vous sérieusement sur cette période.
3. J’en profite aussi pour vous répondre sur le BEC : certes je ne pense pas qu’il soit pertinent de s’appuyer sans distance critique sur ce texte aujourd’hui pour remettre en cause l’orthodoxie du NOM actuel. Mais il ne faut pas oublier que le BEC visait la première version de l’IGMR et que les critiques qu’il contenait ont été perçues comme suffisamment pertinentes pour que le pape se livre à d’importantes corrections de la première version ; sans oublier que c’est le cardinal Journet lui-même qui est allé voir le pape pour dénoncer l’hétérodoxie de cette première version. Il résulte de cela que le NOM n’a été sauvé de l’hétérodoxie que de justesse, et grâce aux critiques du BEC et du cardinal Journet, sans lesquels nous aurions eu une définition de la messe clairement hétérodoxe ! Et le fait que certains tradis exagèrent en faisant comme si les corrections apportées par Paul VI n’avaient pas eu lieu ne remet pas en cause cet ensemble de faits tout de même invraisemblables…
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