apostolicité mutilée par Réginald 2026-06-21 16:52:38 |
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Il me semble que la difficulté ne réside pas tant dans la question de la juridiction que dans la nature même de l'apostolicité. Vous avez raison de rappeler que Lumen Gentium distingue la consécration épiscopale de la mission canonique. On ne peut pas soutenir que le Concile enseigne que la juridiction diocésaine est automatiquement conférée par le sacre.
Mais cela ne suffit pas : il faut encore s'interroger sur ce qui est effectivement transmis lors d'une consécration épiscopale accomplie sans mandat pontifical.
Commentant la succession apostolique, le cardinal Journet écrit : « On peut appeler apostolicité apparente une continuité matérielle, comme celle qui est offerte par l'Église anglicane ou l'Église suédoise (...); apostolicité partielle ou mutilée, celle qui résulte de la transmission valide du pouvoir d'ordre seul, telle qu'on peut la trouver dans les Églises gréco-russes ; apostolicité plénière, celle qui résulte de la transmission du pouvoir d'ordre et du pouvoir de juridiction. L'apostolicité apparente est purement extérieure ; l'apostolicité partielle peut s'appeler matérielle ; l'apostolicité plénière peut s'appeler formelle. » (L’Église du Verbe Incarné, t. 1, p. 699, note 1).
Notez que cette distinction n'est pas propre à Journet. Déjà en 1906, J. V. de Groot écrivait : « Afin que la succession apostolique soit légitime, il est nécessaire qu'il y ait une succession formelle et non seulement une succession matérielle » (Summa Apologetica de Ecclesia Catholica, Ratisbonne, 1906).
Si la FSSPX affirme ne transmettre que le pouvoir d'ordre, sans prétendre conférer ni mission canonique ni juridiction, on pourrait dire qu'un tel sacre transmet une apostolicité matérielle ou partielle : les évêques ainsi consacrés sont réellement évêques et appartiennent à la succession sacramentelle des Apôtres.
Cependant, cela ne suffit pas à constituer l'apostolicité plénière décrite par Journet. Celle-ci requiert non seulement la transmission du pouvoir d'ordre, mais aussi l'insertion dans la mission apostolique de l'Église et dans la communion hiérarchique. Dans ce cas, l'évêque reçoit la succession apostolique quant à l'ordre, mais non la plénitude de l'apostolicité qui fait un évêque catholique en pleine communion avec l'Église. Par conséquent il faut admettre que la FSSPX ne confère, par de tels actes, qu'une apostolicité mutilée.
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