Argumentaire FSSP par Ludwik 2026-06-21 11:21:11 |
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Une synthèse argumentaire courte, compréhensible et assez définitive sur le sujet.
Ayant lu à peu près tout ce qui m’était accessible sur la question (notamment dans le Courrier de Rome) et parcouru le FC (dont seul Luc Perrin peut se targuer d’avoir tout lu), je n’ai pas trouvé de contre-arguments véritablement solides.
Dans un débat d’idées, ce n’est ni la répétition indéfinie des mêmes arguments ni le pédantisme assuré qui importent, mais la valeur intrinsèque des arguments avancés.
Or, à part répéter indéfiniment la nécessité — comme dans la chanson — il faut aussi se poser la question de la possibilité.
Contrairement d'ailleurs à ce qui est répété, la situation n’est d’ailleurs plus la même qu’en 1988. Mgr Lefebvre, de bienheureuse mémoire, répondait alors par l’hypothèse d’un pape non catholique ; or, trente-huit ans plus tard, cette hypothèse paraît difficilement soutenable, et la FSSPX n'use plus publiquement de cet argument.
De même, le père Signo, qui répète que les sacres de 1977 réalisés par Sa Béatitude Joseph Slipyj montrent qu’un sacre n’est pas en soi un acte schismatique, ne semble visiblement pas prendre en compte les éléments suivants (il n'est de pire sourd que celui qui ne veut entendre !):
* Les évêques consacrés n’exercèrent aucune fonction épiscopale jusqu’à leur reconnaissance par Rome près de vingt ans plus tard. Cela paraît logique : ils devaient être agrégés au corps épiscopal par son chef (le pape) pour être des évêques... catholiques !
* Joseph Slipyj disposait, quant à lui, du droit de le faire et ce à différents titres: chef d’Église locale, archevêque majeur, héritier de l’Union de Brest, successeur d’André Sheptytsky, auquel ce droit avait été confirmé par les papes, de saint Pie X à Pie XII.
J’aimerais que, face à ces arguments, courts et intelligibles, des contre-arguments substantiels soient apportés (notamment au troiséme). Car je n’ai lu jusqu’à présent aucune réponse véritablement convaincante.
Je précise cela sans aucune animosité à l’égard de la FSSPX, à laquelle je dois beaucoup et que j’estime. Je continuerai d’ailleurs à assister à ses messes si je me trouve dans un lieu non desservi par l’Église Ukrainienne.
Les trois arguments en question sont les suivants :
"Premièrement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de la transmission d’un pouvoir de régence, compris par l’ensemble des théologiens, comme impliquant au moins une aptitude et un titre à recevoir les pouvoirs de juridiction et de magistère du Christ par le pape, constituant le consacré comme prince de l’Église[3]. Il ne s’agit pas ici de confondre ce pouvoir de régence (participation à la dignité royale du Christ, conférée par la consécration épiscopale[4]) avec le pouvoir de juridiction ni d’affirmer que celui-ci est communiqué par le sacre, mais il s’agit de ne pas réduire la distinction entre l’épiscopat et le presbytérat aux seuls pouvoirs de sanctification[5].
Autrement dit, tout sacre valide confère en lui-même une dignité et un statut princier, de soi inaliénables, qui rendent compte des pouvoirs de sanctification réservés (consacrer les huiles, les calices…) ou propres (ordonner, confirmer) à l’évêque, impliquant d’ailleurs toujours une juridiction (au moins déléguée) pour être exercés légitimement.
Affirmer le contraire reviendrait à soutenir qu’il ne serait pas contraire au droit divin que tous les diocèses puissent être habituellement gouvernés par des prêtres (non destinés à recevoir la consécration épiscopale), ou que le pouvoir de magistère puisse être détenu par des prêtres. De telles affirmations sont évidemment contraires au lien voulu par le Christ entre, d’une part, l’appartenance à l’Église enseignante et l’épiscopat, et, d’autre part, la détention d’une juridiction ordinaire sur des Églises particulières et l’épiscopat.
Deuxièmement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de la participation à l’apostolicité formelle de l’Église, comprise comme la réception légitime du pouvoir d’ordre épiscopal, c’est-à -dire dans la communion hiérarchique[6] avec le successeur de Pierre, Prince des apôtres.
Quel évêque catholique, même sans juridiction (ou sans diocèse à gouverner), ne serait pas formellement[7] successeur des apôtres, au moins au sens large[8] ? À moins de soutenir qu’un évêque catholique sans juridiction puisse être successeur des apôtres au même titre qu’un évêque orthodoxe, on est tenu d’affirmer cette inséparabilité.
Troisièmement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de l’appartenance au corps épiscopal dont le pape est la tête, et ce de droit divin, comme le rappelle le père Victor-Alain Berto : « Au contraire un Évêque Sacré dans l’unité de l’Église, même s’il n’a actuellement aucune juridiction de pasteur ordinaire particulier, soit qu’il soit sacré comme évêque titulaire, soit qu’il se soit démis de son siège ou ait été déposé (pour une autre cause que de crime), fait partie du Corps épiscopal, parce que rien en lui ne contrarie la « vocation » des Prêtres du premier rang au gouvernement du peuple chrétien.[9] »
Il n’est pas question ici de collège épiscopal[10], mais bien du corps dont un évêque ne peut être séparé que par le schisme. À moins de dire que l’on puisse être membre du corps épiscopal contre sa tête, ou que l’on puisse être évêque de l’Église catholique sans subordination au pape, on est tenu d’affirmer cette inséparabilité.
Ces raisons expliquent que l’on ne trouve aucune référence magistérielle ou théologique antérieure au dernier concile affirmant qu’il ne serait pas contraire au droit divin de sacrer un évêque contre la volonté du pape, quand bien même aucune juridiction ne lui serait conférée. Elles expliquent également que le magistère ne distingue généralement pas le cas des évêques sacrés avec ou sans octroi de juridiction lorsqu’il affirme la nécessité qu’ils le soient toujours en communion avec le Siège apostolique[11].
Enfin, les motifs invoqués pour justifier ces sacres impliquent non seulement la subversion d’un principe canonique concernant l’interprétation des lois purement ecclésiastiques, mais aussi celle d’un dogme.
La loi suprême de l’Église, le salut des âmes[12] est comprise comme « nécessité fait loi », et ce, même contre la loi divine interdisant tout sacre contre la volonté du pape. Ce qui revient à affirmer non seulement qu’une règle d’interprétation du droit canon puisse l’annuler en certaines circonstances mais surtout que le salut des âmes puisse exiger de commettre un péché.
Le dogme « Hors de l’Église, point de salut » semble, quant à lui, devenu : « hors des sacrements reçus par les prêtres de la FSSPX, point de salut ». Or cela est faux pour deux raisons.
Premièrement, si la FSSPX disparaissait, les sacrements validement célébrés — même selon le rite traditionnel — demeureraient dans l’Église.
Deuxièmement, si l’appartenance au corps de l’Église, au moins désirée implicitement, est toujours et pour tous nécessaire au salut, la réception des sacrements ne l’est pas tout autant, surtout pour des personnes qui en seraient privées malgré elles. Ajoutons à cela que, dans l’absolu, il vaut mieux appartenir à l’Église sans pouvoir recevoir les sacrements que de recevoir les sacrements sans appartenir à l’Église, à moins de considérer que les sacrements puissent être reçus fructueusement par des personnes coupables de péchés graves, comme ceux d’hérésie, de schisme ou de grave désobéissance.
Puissent ces considérations être reçues sans parti pris ni passion ni esprit de polémique, mais dans un souci de cohérence avec l’attachement inconditionnel à la totalité de la Révélation, telle que transmise et interprétée par le magistère constant de l’Église, valable à toute époque, même en temps de crise ; temps qui n’ont pas échappé à la connaissance du Christ fondant son Église et la régissant selon des principes immuables."
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