et j'ajoute : la condamnation d'Arius, ou de Nestorius, ou de Luther, ainsi que toute autre constitution conciliaire ou papale condamnant une hérésie, ne peuvent subsister.
Ces condamnations n'ont pas besoin d'infaillibilité pour tenir debout.
Lorsqu'il envoie en prison un voleur, un juge ne jouit pas d'une assistance divine particulière le rendant infaillible. La décision n'est pas pour autant dépourvue d'autorité.
Il en ira de même d'une excommunication, d'une mise à l'index ou de tout autre peine ou mesure.
Et je ne vois vraiment pas en quoi le fait que le pape puisse se tromper sur la pensée de quelqu'un soupçonné d'hérésie amoindrirait le magistère. Pour la doctrine, ce qui importe est de savoir ce qu'est la vérité et ce qu'est l'erreur. Ensuite, pour éloigner les fidèles de l'erreur, il convient de prendre des dispositions qui, effectivement, vont frapper certaines personnes et certains écrits. Mais ici, le pape ou l'ordinaire agit comme juge et législateur légitime, non comme autorité magistérielle : il ne précise pas le dépôt de la foi mais travaille à en garantir l'intégrité.
Ainsi, dans la querelle de l'
Augustinus, il me semble que la saine lecture de l'histoire devrait être la suivante :
- Les cinq propositions clairement énoncées dans
Cum occasione sont contraires à l'orthodoxie, celui qui y adhère est donc anathème, et ici le pape engage son infaillibilité comme tête de l'Eglise enseignante.
- L'
Augustinus lui-même, comme objet jugé dangereux pour le catholique qui le lirait, en raison de la présence supposées présente dans ses pages (ou dans l'interprétation qu'en ferait le lecteur) des cinq propositions susdites, est interdit. Ce fut le cas des 1640 avec la bulle
In eminenti et le fidèle, laïc ou religieux qui le lit est coupable de désobéissance, l'éditeur qui le publie est passible de lourdes peines etc.
- Mais une fois posés ces deux actes, l'un magistériel, l'autre disciplinaire, il n'y a pas lieu de tourmenter la conscience des croyants, par exemple en obligeant des religieuses qui, parce que filles spirituel de l'abbé de Saint-Cyran, ont une certaine affection intellectuelle envers Jansénius, à attester elles-même que ce dernier est un hérétique. Si l'hérésie est bien identifiée et que les mesures propres à éviter sa propagation sont prises, tout le reste est un acharnement qui me paraît contraire au bon sens ecclésiastique.