Prenons un exemple simple.
Le concile de Florence affirme :
« [La très sainte Église romaine] croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens, mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques, ne peuvent devenir participants de la vie éternelle, mais iront “dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges” (Mt 25,41), à moins qu’avant la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés. Elle professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle ; que pour eux seuls jeûne, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles ; et que personne ne peut être sauvé, si grandes soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique. »
Pris à la lettre, ce texte semble affirmer qu’un nombre immense de personnes sont exclues du salut et condamnées à l’enfer pour la seule raison qu’elles n’appartiennent pas, de façon visible et juridique, à l’Église catholique. Le texte va jusqu’à envisager le cas extrême d’un martyr pour le nom du Christ, qui ne serait pas resté dans l’unité visible de l’Église, et qui, malgré le don de sa vie pour le Christ, serait néanmoins exclu du salut.
Ce passage semble ainsi nier toute forme de relation invisible ou implicite à l’Église, et donner à l’appartenance institutionnelle une valeur supérieure à toute relation personnelle au Christ. Les féenéistes, disciples du P. Leonard Feeney, ont précisément fondé leur position sur une lecture littérale et rigide de ce passage. Pour eux, nul ne peut être sauvé en dehors d’une appartenance explicite à l’institution catholique, fût-il baptisé, croyant ou martyr.
Pourtant, l’histoire doctrinale ultérieure montre que l’Église n’a jamais figé le sens de cette formule dans cette stricte littéralité. Pie IX, dans Quanto conficiamur moerore, puis la Lettre du Saint-Office de 1949, ont reconnu la validité du votum Ecclesiae — explicite ou implicite — chez ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Église visible mais cherchent sincèrement Dieu. En distinguant l’appartenance visible à l’institution ecclésiale et l’union invisible au Corps mystique du Christ, l’Église a approfondi le sens de Florence sans le trahir.
Par conséquent, soutenir qu’un texte magistériel, parce qu’il est solennel, ancien ou formulé en des termes sans équivoque apparente, serait immédiatement clair, transparent à lui-même, et définitivement clos sur son seul énoncé, est une absurdité théologique. C’est ignorer la nature du langage humain, qui requiert toujours une contextualisation ; méconnaître la dynamique organique de la Tradition, qui n’est pas répétition figée mais approfondissement dans la continuité.
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