Sur la spiritualité par Signo 2025-06-25 22:59:29 |
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Je ne comprends pas votre première question.
Le Magistère évolue en permanence, réévalue certaines questions, comme l’a fait Pie XII concernant la matière du sacrement de l’ordre.
Vous ne semblez pas comprendre pourquoi je dis que le magistère précédent n’était pas complet. Mais c’est pourtant une évidence. Si le magistère précédent était parfait, alors en quoi avons nous encore besoin d’un Siège apostolique, des évêques ? Rome n’a plus qu’à fermer boutique et renvoyer au magistère précédent. Si Léon XIII s’est donné du mal à écrire Rerum Novarum, c’est bien que le magistère précédent n’était pas complet non? Je ne comprends pas votre question.
Concernant votre deuxième interrogation, le problème précisément est que ce ne sont pas les mêmes personnes. On a d’un côté des théologiens de chambre, certes très érudits mais ayant une approche purement intellectuelle et universitaire de la théologie, sans lien ni avec la vie liturgique (et pour cause, elle n’existe plus) ni avec la vie spirituelle (depuis les scolastiques post tomasiens). Et puis de l’autre on avait « les braves gens », aussi bien du peuple que de la bourgeoisie, qui se débrouillaient comme ils pouvaient avec la piété mièvre, sucrée et sentimentale, mais inoffensive (ce qui était vu comme l’essentiel).
Louis Bouyer dans La décomposition du catholicisme raconte une phrase qu’il entendit un jour d’un ami sur le fait qu’il s’intéressait à la Bible et à la liturgie: « On voit que vous êtes un converti, les vrais catholiques eux n’y attachent pas tant d’importance ». Les « vrais catholiques »…
Concernant le problème de la spiritualité, c’est un sujet à la fois très complexe et très simple. Je dirais que je considère qu’en dehors des enseignements issus de la tradition bénédictine et cartusienne, 95% au moins de ce qui a été écrit et enseigné depuis les années 1960 dans le domaine est juste bon à partir directement à la poubelle.
Pour ce qui est de ce qui précédait, globalement il faut commencer par opérer un discernement prudent parmi tous les auteurs spirituels postérieurs à la fin du Moyen-Age, car à ce moment la source commence à se corrompre. Personnellement je garde surtout Maître Eckhart, S. Jean de la Croix et Ste Elisabeth de la Trinité.
Pour moi la spiritualité de référence c’est celle qui va des Pères apostoliques à S. Bernard inclus, telle qu’elle est toujours vivante aujourd’hui dans la tradition orientale et, en Occident, dans le monde monastique traditionnel (bénédictin et cartusien surtout). Je me méfie des modernes, je n’aime pas S. Ignace et le style des Exercices, S. Alphonse de Liguori etc.
Pour moi la vie spirituelle doit se nourrir de la liturgie traditionnelle dont elle doit suivre les rythmes. Cela n’exclut pas les autres dévotions (rosaire, scapulaires, etc) mais plus comme des compléments. D’une manière générale la spiritualité doit concentrer et unifier la personne sur l’essentiel (le Christ et la vie en Lui) et non pas disperser les efforts spirituels dans de multiples dévotions annexes. D’où mon attachement au mouvement liturgique d’avant guerre (Pius Parsch, Casel, Dom Lambert Beaudouin) et mon ouverture (mais critique) sur certaines bonnes intuitions de ce qu’on a appelé la Nouvelle théologie.
Je considère que l’Eglise contemporaine n’est qu’un vaste champ de ruines dans lequel on n’enseigne plus guère de doctrine spirituelle vraiment solide et nourrissante (y compris chez les tradis, dans lequel on parle surtout de choses extérieures et très peu de vraie spiritualité). Ce qui me frappe surtout et ce qui me désole c’est que l’Eglise a cessé d’être une école de prière. Les quelques rares exceptions sont notamment les monastères traditionnels, et je partage l’avis de Dom Pateau (Voir à la minute 36:00) qui affirme que les équilibres et la synthèse patristiques ont globalement été détruits mais ont survécu dans le monde monastique, dans la mesure où celui-ci a été fidèle à sa propre tradition évidemment. En résumé je considère qu’il n’y a plus rien de valable aujourd’hui en Occident en dehors des monastères traditionnels. Un avis qui choquera sans doute beaucoup et que la majorité trouveront excessif, mais enfin c’est ce que je pense et je l’assume.
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