1. Clarification de l’enjeu
Lorsque je dis que Dei Verbum propose une conception de la Révélation qui « engage toute l’existence du croyant », je ne prétends nullement que les siècles antérieurs auraient réduit la foi à une simple adhésion intellectuelle. Bien au contraire, la vie des saints atteste de cette foi vécue corps et âme, dans la charité, le martyre, l’obéissance, la contemplation.
Ce que le Concile explicite, ce n’est pas une rupture avec cette tradition vécue, mais un recentrage. La Révélation n’y est plus seulement présentée comme un ensemble de vérités à croire (ce qu’elle reste), mais comme l’acte vivant de Dieu se communiquant à l’homme, dans l’histoire et par le Christ.
2. Critique de l’objection
Vous accusez cette présentation de faire preuve de condescendance envers les générations précédentes, voire d’un certain modernisme insidieux. Mais c’est là une lecture partiale.
Redire aujourd’hui que la Révélation est un acte de Dieu appelant une réponse personnelle, cela n’invalide pas les formulations antérieures. Cela les assume et les relance. Si l’Église est vivante, ce n’est pas parce qu’elle nie son passé, mais parce qu’elle en tire sans cesse de nouveaux trésors (cf. Mt 13,52).
Votre critique fait écho à celle adressée autrefois à saint Thomas par Étienne Tempier: on l’accusait déjà de vouloir reconstruire la foi avec des catégories nouvelles…
3. Redressement du débat
Ce n’est pas parce que l’Église du XXe siècle a voulu redonner une place à la dimension existentielle de la foi qu’elle renie ce qui l’a précédée. Elle explicite ce qui était implicite, elle développe ce qui était contenu. Si certains instrumentalisent le Concile pour opposer l’Église d’hier à celle d’aujourd’hui, c’est le signe d’une herméneutique de rupture ; non du texte conciliaire, mais de sa réception dévoyée.
Oui, la Révélation était déjà vécue comme don personnel de Dieu bien avant Vatican II.
Oui, les saints nous enseignent cela de manière éclatante.
Mais non, cela ne rend pas inutile une formulation qui le dit avec force dans une époque marquée par l’oubli de Dieu et la disparition du sens. Dans une époque de sécularisation, les pères du Concile ont estimé qu’il est plus fécond, pour la mission de l’Église, de présenter la foi comme l’accueil d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’homme, plutôt que comme une simple série de vérités à accepter.
C’est dans cette perspective que s’inscrit clairement le Catéchisme de l’Église catholique (n°1814), qui assume l’enseignement de Dei Verbum :
« La foi est la vertu théologale par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu’Il nous a dit et révélé, et que la Sainte Église nous propose à croire, parce qu’Il est la vérité même. Par la foi "l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu" (DV 5). C’est pourquoi le croyant cherche à connaître et à faire la volonté de Dieu. "Le juste vivra de la foi" (Rm 1,17). La foi vivante "agit par la charité" (Ga 5,6). »
Cette définition articule les deux dimensions fondamentales de la foi chrétienne :
1. Adhésion de l’intelligence à la vérité révélée
La foi est d’abord un assentiment libre à la vérité révélée, fondé sur l’autorité de Dieu, qui est la Vérité même. Elle engage l’intelligence et repose sur la crédibilité de la Révélation.
2. Réponse existentielle de toute la personne par la volonté
Mais la foi ne se limite pas à l’intelligence. Elle est aussi un acte personnel total, par lequel l’homme s’en remet librement à Dieu. Elle suppose une relation vivante et une adhésion intérieure à Dieu qui se révèle, comme réponse à la question du sens et au désir de vérité inscrit dans le cœur humain. C’est une foi qui engage la volonté, oriente l’agir, et trouve son accomplissement dans la charité : elle devient ainsi une réponse existentielle à l’amour surabondant de Dieu.
On voit ainsi que le CEC, dans sa définition, n’abandonne aucun des éléments formulés par le Catéchisme de saint Pie X, qui affirmait :
« La foi est une vertu surnaturelle, infusée par Dieu dans notre âme, par laquelle, appuyés sur l’autorité de Dieu même, nous croyons tout ce qu’il a révélé et qu’il nous propose de croire par son Église. »
Mais il y ajoute, en s’appuyant sur Dei Verbum 5, une formulation plus développée :
« Par la foi, l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu. »