Le sacramentalisme, de la Révolution à aujourd'hui par Peregrinus 2025-07-06 21:09:49 |
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Je ne commenterai pas votre conclusion terriblement significative (je crois que si quelqu'un écrivait qu'il pleut ou qu'il fait beau, vous réussiriez à y voir une nouvelle preuve de ce que vous pensez sur la crise de l'Église) pour revenir au sujet proprement dit.
Il est bien clair que l'Église constitutionnelle doit son acte de naissance à un acte de la puissance temporelle incompétente en matière spirituelle. Mais cet acte a bien dû être justifié théologiquement par ceux qui l'ont accepté, et qui parfois y ont même vu une chance inespérée. La Révolution a ainsi été un moment de bouillonnement ecclésiologique.
Si vous lisez les apologistes (ecclésiastiques) de la Constitution civile du clergé (Grégoire, Le Coz, Charrier de La Roche, Larrière, Molinier, Lafont de Savines, ou encore Scipione de Ricci, l'un des rares évêques étrangers à avoir soutenu l'Église constitutionnelle), vous verrez qu'ils défendent une ecclésiologie qui, au nom d'une certaine forme d'archéologisme, réduit la distinction entre le pouvoir d'ordre et le pouvoir de juridiction à une simple distinction de raison et insistent beaucoup sur la solidité (on dirait aujourd'hui la collégialité) de l'épiscopat principalement, du sacerdoce presbytéral secondairement. La juridiction est communiquée en même temps que l'ordre par l'imposition des mains, l'ordination donne une mission de soi illimitée qui n'est restreinte que pour le bon ordre (bon ordre que la puissance temporelle se chargera donc de fixer). Chez Larrière on trouve même l'idée, à l'étonnant parfum pré-kaspérien, que les Églises particulières précèdent l'Église universelle, tandis que Lafont de Savines, qui était fou, mais conséquent, arrive à nier que l'Église puisse posséder quelque pouvoir que ce soit, même spirituel, hors de l'administration des sacrements. Ce sont bien là des thèses ecclésiologiques, et des thèses ecclésiologiques fondamentalement sacramentalistes.
Ce n'est évidemment pas un hasard si un prêtre de la génération du Concile comme le regretté Bernard Plongeron s'est passionné pour les constitutionnels qu'il voyait ouvertement comme des précurseurs : c'est très excessif et évidemment anachronique, mais il existe des analogies réelles et troublantes (comme il peut en exister dans l'autre sens, d'ailleurs, entre les propos de ceux qui croient que l'état de nécessité peut absolument tout justifier et les thèses d'un Charrier de La Roche par exemple, j'ai eu l'occasion de développer ce thème sur le Forum il y a des années maintenant). Congar lui-même voyait dans le changement des rapports entre l'ordre et la juridiction l'un des changements les plus considérables amenés par le Concile (vous noterez les précautions de mes formulations).
La grande différence entre 1790 et 1965 est qu'en 1790 la hiérarchie épiscopale légitime, soutenue ensuite par le Saint-Siège, a récusé radicalement le sacramentalisme ecclésiologique, alors qu'elle l'a embrassé au XXe siècle, ce qui est à mon avis (je peux bien sûr me tromper) l'une des principales causes du chaos où a sombré l'Église depuis les années 1960.
Peregrinus
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