Les chapitres français depuis 1790 par Peregrinus 2025-07-06 16:25:55 |
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La Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 a déclaré définitivement éteints et supprimés tous les chapitres de chanoines, tant cathédraux que collégiaux. Cette suppression, unilatéralement décrétée par l’Assemblée qui avait refusé aussi bien la réunion d’un concile national que le recours à Rome, n’était évidemment pas reconnue par l’Église. Toutefois, les chanoines ont été dispersés entre l’automne 1790 et le début de 1791, non sans avoir élevé des protestations contre l’injustice d’une suppression décidée par une autorité incompétente.
Le Concordat du 15 juillet 1801, à la demande des négociateurs romains, inclut la possibilité pour l’évêque d’avoir dans sa cathédrale un chapitre, sans que le gouvernement s’engage à le doter. Bonaparte, neveu de l’abbé Fesch, ancien archidiacre du chapitre d’Ajaccio, avait les chanoines en bien piètre estime et aurait voulu une Église gallicane sans chapitres, ce qui rejoignait les vœux d’une partie des évêques, qui se seraient bien satisfaits d’être débarrassés de tous les corps intermédiaires dans le clergé. Toutefois, du point de vue du Saint-Siège, l’existence de chapitres cathédraux était jugée absolument nécessaire, notamment en raison du rôle du chapitre de la cathédrale sede vacante. Il s’agissait, plus généralement, de ne pas s’écarter excessivement des canons tridentins, qui prévoient dans chaque diocèse un chapitre cathédral avec son pénitencier et son théologal. Le gouvernement français n’a pas fait de difficulté à accepter la mention du chapitre cathédral dans le texte de la convention.
En revanche, on notera que le texte du Concordat fait obstacle au retour des chapitres collégiaux.
La reconstitution des chapitres cathédraux a été largement déterminée par la loi sur les cultes de 1802 et les fameux articles organiques. À l’instigation de Portalis, l’État a finalement accepté de doter les chapitres en accordant aux chanoines un traitement de 1500 francs, équivalent à celui des curés de première classe. Cependant, contre la loi de l’Église, les organiques privent le chapitre de son droit d’élire des vicaires capitulaires sede vacante. Il a fallu attendre 1810 et, paradoxalement, la crise du Sacerdoce et de l’Empire, pour que Napoléon fasse réviser les articles et permette aux chapitres de rentrer dans leurs droits. À partir de 1810, les chapitres ont donc assuré la perpétuité de la juridiction dans les diocèses jusqu’aux temps du Concile : le code de 1983 les a malheureusement privés de leur droit au profit d’administrateurs apostoliques, ce qui doit être la conséquence à la fois de l’extinction de fait de nombre de chapitres et de l’ecclésiologie sacramentaliste qui a jeté la confusion dans l’Église depuis Lumen Gentium.
Le gouvernement ayant accepté de doter les chapitres, il a fixé le nombre de leurs membres : huit chanoines par cathédrale, neuf par métropole. Les statuts donnés au chapitre de Paris par le cardinal de Belloy, probablement rédigés par l’abbé Bernier avant son départ pour Orléans avec l’accord de Portalis, font des trois vicaires généraux (deux dans les simples diocèses), contre les canons, des membres de plein droit du chapitre. Ces statuts ont été étendus à l’ensemble de la France : le gouvernement les considérait comme communs à toutes les cathédrales du royaume. Les règlements intérieurs des chapitres pouvaient en revanche différer d’un diocèse à l’autre.
Le petit nombre des chanoines, souvent âgés et infirmes de surcroît, a rendu très difficile la reprise intégrale de l’office canonial, malgré le renfort de chanoines honoraires, de chantres et d’enfants de chœur plus ou moins nombreux. D’un diocèse à l’autre, la situation est très variable. À Paris, l’augmentation exceptionnelle du nombre de chanoines titulaires, porté à 16, a permis la reprise de la totalité de l’office. À Nantes et à Albi, l’office a également été restauré dans son intégralité. Ce sont cependant deux exceptions très isolées. À Dijon, à la fin de l’Empire, l’office canonial se limite les jours de férie à une simple messe basse. En 1821, le chapitre de Chartres essaie de reprendre toutes les heures diurnes, ce qui s’est rapidement révélé impraticable : les chanoines ont alors abandonné les petites heures. Toutefois, des efforts ont été faits à partir de la fin des années 1820, lorsque commencent à entrer dans les chapitres des ecclésiastiques plus jeunes et plus énergiques : dans la plupart des diocèses, l’office est progressivement augmenté, en restant toutefois incomplet faute de moyens.
Dépouillés de leurs privilèges et de leur temporel, formés d’un petit nombre de titulaires nommés exclusivement par l’évêque si l’on excepte les canonicats de nomination royale sous la Restauration, les chapitres du Concordat ne sont que l’ombre de leurs prédécesseurs d’Ancien Régime. Cela ne signifie pas qu’ils ne comptent pas dans la vie du diocèse : en 1838, c’est grâce à la résistance opiniâtre du chapitre que le calamiteux Mgr (Claude) Rey est poussé à se démettre de son siège.
Si le sujet vous intéresse, il existe sur le sujet un livre récent qui traite de façon détaillée la destruction révolutionnaire et la (partielle) résurrection concordataire des chapitres cathédraux français.
Peregrinus
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