[réponse] par Réginald 2025-05-23 06:38:31 |
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Prenons un exemple concret. Une personne possède un champ que son voisin convoite. Un litige s’élève sur la légitimité de cette possession.
Dans la perspective réaliste et objective du droit, telle qu’on la trouve chez saint Thomas d’Aquin, le juge ne part pas d’un droit abstrait revendiqué par l’une ou l’autre partie, mais examine la réalité concrète : qui a cultivé le champ ? Qui l’a reçu légitimement ? À qui revient-il, en justice, selon les exigences du bien commun ? Le droit, ici, est le jus : ce qui est objectivement dû à une personne. Il ne s’agit pas d’une revendication subjective, mais d’un ordre juste à établir entre les personnes.
À l’inverse, dans une conception subjectiviste née à l’époque moderne (XVIe siècle et au-delà), le droit est conçu comme une facultas moralis, un pouvoir attaché à l’individu : Pierre aurait ainsi un « droit subjectif » à posséder ce champ, non parce qu’il lui est objectivement dû, mais parce qu’il dispose, en tant que sujet, de la prérogative de le revendiquer. Le meum ius (mon droit) devient une propriété morale individuelle, fondée sur l’autonomie de la personne.
C’est pourquoi votre objection — « Si une société décide de tolérer pour le bien commun, cela ne donne pas au contrevenant un droit à cette tolérance » — n’a de sens que dans une logique subjectiviste que je ne partage pas. Dans une perspective objectiviste, je soutiens que, dans certaines circonstances, l’État peut juger qu’il est juste de tolérer une action (et donc injuste de ne pas la tolérer), non parce que cette action serait bonne en elle-même, mais parce que sa répression causerait un dommage plus grand au bien commun. En d’autres termes, dans cette situation concrète, la répression ne constitue pas une exigence de justice, car elle provoquerait un trouble ou une injustice plus grave que le mal même que l’on entend combattre. Ce que la société doit protéger, c’est le bien commun dans son ensemble : c’est donc en fonction de ce critère que se détermine la justesse — ou non — d’une tolérance.
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