arguments très contestables par Réginald 2025-05-18 15:05:40 |
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Merci pour la distinction des fors — toujours utile, même si, figurez-vous, je n’ai pas découvert la question hier. C’est une vieille dame que je fréquente depuis quelque temps déjà...
Je reprends vos arguments point par point.
1. « La publicité des fausses religions est de nature à pervertir les bons »
Il est vrai que saint Augustin a parfois usé d’un langage très dur contre les hérésies, notamment dans le cadre de sa polémique contre les donatistes. Mais il serait inexact de faire de cette citation un principe absolu, sans tenir compte du contexte polémique. Augustin lui-même a évolué sur la question de la contrainte, comme en témoigne sa correspondance. Pour ma part, je m’en tiens à la leçon plus claire encore de saint Paul : un serviteur du Seigneur « doit redresser avec douceur les contradicteurs, dans l’espoir que Dieu leur donnera la repentance, pour arriver à la connaissance de la vérité » (2 Tm 2, 25). De plus vérité ne se défend pas par la répression des autres, mais par l’excellence de son propre témoignage. La vraie religion n’a nul besoin d’étouffer ses rivales pour rayonner : elle possède, en elle-même, des signes de crédibilité que les autres n’ont pas — comme les miracles, les prophéties, la cohérence interne de la doctrine, la sainteté de ses membres, ou encore sa puissance de transformation morale et sociale. C’est ce qu’enseigne Vatican I dans la constitution Dei Filius :« afin que l’hommage de notre foi fût d’accord avec la raison, Dieu a voulu ajouter aux secours intérieurs de l’Esprit saint les arguments extérieurs de sa révélation, à savoir les faits divins et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont les signes très-certains de la révélation divine et appropriés à l’intelligence de tous. »
2. « La contrainte peut amener l’individu à s’interroger et à s’ouvrir à la vraie religion »
C’est, à mon sens, l’un des arguments les plus périlleux. Il repose sur un mécanisme psychologique plausible — la répression peut effectivement susciter une remise en question — mais la conclusion qu’on en tire est contestable : la contrainte ne crée pas la conviction. Elle engendre bien plus sûrement la peur, le conformisme intéressé, ou pire encore, une hostilité durable envers la vraie foi. Faites l’expérience de pensée : placez-vous un instant dans la peau de celui à qui l’on ferme son lieu de culte. Est-ce vraiment ainsi qu’on prépare son cœur à accueillir la vérité ? L’exemple, déjà mentionné, des marranes espagnols contraints de se convertir au christianisme montre combien une telle politique engendre des conversions superficielles, souvent suivies d’hypocrisie. On pourrait aussi vous objecter que la répression d’un groupe contribue souvent à lui forger une légitimité symbolique qu’il n’aurait jamais acquise par la seule force de ses idées : le martyre, même injustifié, attire la sympathie…
3. « Cette contrainte protège les hérétiques de la vindicte populaire »
Cet argument est pour le moins paradoxal : il consiste à dire que restreindre les droits d’un groupe serait en réalité une manière de le protéger. C’est, disons-le franchement, une forme de raisonnement circulaire qui frôle le sophisme. Si l’on craint la vindicte populaire, la réponse n’est pas de faire taire les victimes, mais d’éduquer le peuple à la patience, à la charité, à la tolérance. Et puis, de facto, nous ne sommes plus au Moyen Âge : les sociétés contemporaines ont déjà largement intégré cette idée.
Sur saint Thomas d’Aquin : il ne s’agit pas ici d’approuver le mal, mais de le permettre, ou plus exactement de ne pas l’empêcher. Ainsi Dieu, qui déteste le péché, le tolère néanmoins, car il est une conséquence inhérente à un bien plus grand : la liberté humaine. Il en va de même pour la tolérance de certaines erreurs religieuses au for externe.
Enfin, sur Immortale Dei : il faut lire attentivement ce que Léon XIII condamne. Ce n’est pas la liberté tempérée et ordonnée, mais bel et bien la liberté sans limites, érigée en absolu. Vos propres citations le montrent bien : « De même, la liberté de penser et de publier ses pensées, soustraite à toute règle, n'est pas de soi un bien dont la société ait à se féliciter », ou encore : « [...] la liberté d'exprimer par la parole ou par la presse tout ce que l'on veut. ».
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