distinguons par Réginald 2025-05-20 11:04:04 |
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D’abord, datum sed non concessum, il faudrait encore démontrer qu’un protestant qui assiste à un culte dans un temple, ou un juif qui construit une synagogue, sont ipso facto des « violateurs de la loi catholique ». C’est loin d’être évident, et rien n’indique que QC entendait viser précisément de tels cas. La formule est générale, et son application demande discernement.
Ensuite et surtout, vous persistez à confondre deux niveaux d’analyse. Quanta Cura et Dignitatis Humanae ne parlent pas du même point de vue, ni dans le même contexte.
Quanta Cura décrit une situation idéale, celle d’une société catholique unie dans la foi (la « meilleure condition de la société ») dans laquelle le faux culte est objectivement perçu comme une menace pour le bien commun, dont la foi catholique fait pleinement partie. C’est dans ce contexte que le pouvoir civil peut se voir confier le devoir de réprimer certains actes religieux contraires à la foi, dans la mesure où ils perturbent l’ordre public fondé sur la vérité.
En revanche, DH part d’un constat historique et sociologique : cette société chrétienne unifiée n’existe plus. Elle avait d’ailleurs déjà commencé à disparaître à l’époque de QC (Révolution française, sécularisation croissante, disparition des États pontificaux, apparition d’États pluralistes). DH se situe donc non dans l’ordre de l’idéal, mais dans celui du réel. Dans ce nouveau contexte, elle affirme que la liberté religieuse — entendue comme absence de contrainte dans le for externe — n’est pas un mal en soi, mais un bien, parce qu’elle découle de la dignité de la personne humaine, qui exige de ne pas être réprimé dans sa foi fausse en vue d’embrasser la vraie foi.
Mis en forme, cela donne :
Dans la meilleure condition de la société, un État catholique peut avoir le devoir de réprimer les violations manifestes de la loi catholique, concedo.
Dans une condition autre, telle que celle envisagée concrètement par Dignitatis Humanae, marquée par le pluralisme religieux et l’absence d’unité de foi, nego : dans ce contexte, la répression n’est plus un devoir du pouvoir public, et la liberté religieuse est à reconnaître en tant que telle. Non seulement, ce n'est pas un mal, mais un bien, parce qu'il est fondé sur la dignité humaine.
Vous noterez d’ailleurs que Pie XII, dans son discours Ci riesce , avait déjà commencé à intégrer cette évolution des circonstances historiques. Il y souligne davantage la nécessité de tolérer que de réprimer, et insiste avec force sur le fait que, dans certaines situations, Dieu « ne donne aux hommes aucun commandement, n’impose aucun devoir, ne confère même aucun droit d’empêcher ou de réprimer ce qui est faux et erroné. »
Ce propos montre bien que le devoir de répression, même s’il peut exister dans certaines conditions idéales, n’est ni absolu, ni universel, mais subordonné à des circonstances concrètes qui sont précisément celle dont DH a pris acte.
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