Tolérance, liberté et vérité : continuité par Réginald 2025-05-16 18:11:12 |
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La tradition catholique classique distingue rigoureusement entre le vrai — auquel seul un droit peut être reconnu — et l'erreur, qui ne peut revendiquer aucun droit en elle-même. Toutefois, pour éviter un mal plus grand, l'autorité peut tolérer certaines erreurs dans l'ordre pratique : cette tolérance relève alors d'une permission prudente, non d'une reconnaissance de droit.
La déclaration Dignitatis Humanae du concile Vatican II, tout en refusant explicitement de reconnaître un "droit à l’erreur", affirme cependant que toute personne humaine possède, en raison de sa dignité, un droit à ne pas être empêchée d’agir selon sa conscience, y compris en matière religieuse, dans la mesure où cela ne trouble pas l’ordre public juste.
Or, cette formulation revient en réalité, dans l’ordre juridique, à reconnaître une forme d’immunité vis-à-vis de l’autorité civile : autrement dit, à revendiquer un droit à être toléré, non plus comme une concession prudente de l’État, mais comme un droit subjectif appartenant à toute personne.
Ce glissement n'est pas en contradiction avec le magistère précédent, mais il traduit une évolution de perspective. Alors que l’enseignement antérieur insistait surtout sur l’objectivité de la vérité religieuse et l’illégitimité intrinsèque de l’erreur, Dignitatis Humanae met en avant la dignité ontologique de la personne humaine, qui exige que l’adhésion à la vérité — et donc l’acte de foi — soit libre, personnel et non contraint. Cette liberté n’est pas revendiquée au nom de l’erreur, mais au nom de la nature rationnelle et volontaire de l’homme.
L’Église a ainsi pris acte de deux éléments majeurs :
• D’une part, le contexte de la sécularisation : dans les sociétés modernes, la plupart des erreurs religieuses — notamment le protestantisme — ne sont plus des révoltes conscientes contre la vérité, mais des erreurs héritées, professées de bonne foi par ceux qui n’ont pas eu accès à la plénitude de la Révélation. Il ne s’agit plus, dans la majorité des cas, d’un péché personnel, mais d’une conséquence historique et culturelle.
• D’autre part, comme le rappelle le cardinal Journet, « il faut s’opposer aux erreurs par les armes de la lumière, et non par les armes de la guerre ». Autrement dit, la vérité ne s’impose pas par la contrainte, mais par le témoignage, la prédication et la charité. Cela suppose une forme de patience évangélique, qui respecte la liberté intérieure sans renoncer à proclamer la vérité du Christ.
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