la liberté religieux et la Flat Earth Society par Réginald 2025-05-18 08:18:17 |
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Vous affirmez : « Per se, l’expression publique des faux cultes doit être réprimée ; per accidens, elle peut — voire parfois doit — être tolérée. »
J’aimerais ici introduire une précision.Si une tolérance peut devenir un devoir, ce n’est pas uniquement pour des raisons prudentielles relevant du bien commun politique, ce que vous me concédez, mais plus profondément en raison du respect dû à la conscience personnelle dans sa relation à la vérité. La tolérance devient alors non une simple concession, mais une exigence fondée sur la nature même de l’acte de foi, qui ne peut être authentique que s’il est librement consenti.
Autrement dit : on peut devoir tolérer non par relativisme, mais par respect pour la vérité elle-même, qui, précisément parce qu’elle est vérité, ne saurait être imposée de l’extérieur sans contradiction. Comme le rappelle Dignitatis Humanae (§2) : « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même, qui pénètre l’esprit avec douceur et puissance. »
L’existence d’une vérité unique n’implique donc nullement que l’adhésion à cette vérité doive être obtenue par contrainte. Bien au contraire : pour que la vérité soit accueillie librement, il faut qu’elle puisse être connue, discutée, confrontée, et donc exposée à la recherche sincère et au débat contradictoire. Ce que garantit la liberté religieuse, ce n’est pas la légitimité intrinsèque de toutes les religions — ce serait du relativisme — mais les conditions humaines dans lesquelles une adhésion libre et éclairée à la vérité peut réellement s’opérer.
La liberté de discussion, loin d’être une concession au subjectivisme, est un hommage rendu à la dignité de l’intelligence humaine, qui ne se contente pas d’obéir à une imposition extérieure, mais doit pouvoir se déterminer librement.
Quant à la célèbre citation de Léon XIII, il convient de la replacer dans son contexte. Le pape y combat le libéralisme relativiste, qui prétend placer toutes les opinions sur un pied d’égalité et ériger la liberté en fin absolue. Ce n’est nullement la perspective du Concile Vatican II, qui reconnaît l’existence d’une vérité unique, mais insiste pour que l’homme y accède librement.
ll faut ici revenir à la doctrine classique, que développe saint Thomas d’Aquin (STh, I-II, q. 96, a. 2) : toutes les fautes ne doivent pas nécessairement être réprimées par la loi humaine, mais seulement celles dont la répression est nécessaire à la préservation de l’ordre social.
Ce qui vaut pour l’ordre moral vaut aussi pour l’ordre intellectuel. L’absence de droit objectif à l’erreur n’implique pas une obligation de répression effective. Ainsi, celui qui affirme que la Terre est plate n’a, en toute rigueur, aucun droit objectif à le faire. Faut-il en conclure qu’il conviendrait de mobiliser une brigade spéciale charger de réprimer les hérésies cosmologiques ? Pensez-vous vraiment qu’on doive envoyer des CRS bottés, casqués et zélés pour faire évacuer les locaux de la Flat Earth Society ou empêcher la tenue de leurs réunions ?
Soyons sérieux : l’État peut parfaitement juger que le maintien de la paix sociale, la liberté de recherche et le respect du cheminement des consciences requièrent une forme de tolérance. Non pas parce que l’erreur aurait des droits, mais parce que toute vérité n’appelle pas, en toutes circonstances, une répression armée.
Cela vaut a fortiori en matière religieuse, où l’enjeu n’est pas de corriger une simple erreur intellectuelle, mais de favoriser ce qu’il y a de plus noble dans l’homme, à savoir un acte de foi libre et sincère, fruit d’un cheminement intérieur.
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