Tolérance, justice et droit : une lecture thomiste par Réginald 2025-05-20 14:09:58 |
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1/ Le for interne désigne classiquement l’espace de la conscience personnelle, c’est-à-dire ce qui reste intime et non manifeste. Or, assister à un culte, fût-ce discrètement, ou construire un lieu de culte sont des actes objectivement publics, qui ressortissent bien du for externe.
2/ Le devoir de tolérance implique, en régime non idéal, un droit corrélatif à être toléré, et par suite un droit civil. Pourquoi ?
Du point de vue du pouvoir civil : la tolérance n’est pas une faveur arbitraire, mais une obligation morale. Lorsque Pie XII affirme que, dans certaines circonstances « Le devoir de réprimer les déviations morales et religieuses ne peut donc être une norme ultime d’action. Il doit être subordonné à des normes plus hautes et plus générales qui, dans certaines circonstances, permettent et même font peut-être apparaître comme le parti le meilleur celui de ne pas empêcher l’erreur, pour promouvoir un plus grand bien. », il ne fait pas qu’évoquer un état de fait ; il formule une norme morale conditionnée par les circonstances.
Du point de vue des personnes : à un devoir correspond d'un certaine façon un droit. Or, si le pouvoir civil a l’obligation morale de tolérer, alors les personnes concernées ont le droit moral d’être tolérées. Ce n’est pas un droit moral au culte erroné en tant que tel, mais un droit à ne pas être empêché dans certaines conditions concrètes.
Attention , pour bien comprendre ce que je viens de dire, j’ajoute ici une précision capitale : ce droit ne doit pas être compris de façon moderne, mais thomiste, à savoir quelque chose de juste : « le droit est ainsi appelé (jus) parce qu'il est juste (justum). » (II-II, 51, a. 1, sed contra).Sur cette distinction, je vous renvoie aux travaux de Michel Villey.
Cela signifie que le droit ne désigne pas une simple permission ou un pouvoir conféré par l’autorité, mais ce qui correspond à l’ordre objectif de la justice. C’est là l’enseignement constant de la tradition classique, redécouvert et défendu par Michel Villey : le droit n’est pas une revendication subjective (« j’ai le droit de… »), mais la reconnaissance de ce qui est justum,.
Ainsi, il est fondé que, dans certaines circonstances, il soit juste de ne pas faire obstacle à l’exercice d’une liberté religieuse. Or, ce qui est juste peut légitimement faire l’objet d’une reconnaissance juridique par le droit civil — et c’est précisément ce que reconnaît DH.
PS : ce sera ma dernière réponse : les copies des mes élèves m'attendent.
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