Réponse plus détaillée par Meneau 2025-05-18 13:58:24 |
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Distinction des fors
- for interne : l'intimité de la conscience. C'est le domaine de l'acte de foi librement consenti. Il est non seulement interdit d'exercer une contrainte à ce niveau, mais impossible : quand bien même on obtiendrait les mots d'un acte de foi, ils ne seraient pas l'expression d'une conviction intime
- for externe privé : l'expression de ses convictions en privé. En réalité intimement lié au for interne. Il est interdit d'exercer une contrainte à ce niveau (sauf cas très particuliers, mais restons-en au cas général pour l'instant). On ne peut obliger quelqu'un à taire ses convictions profondes ou à s'exprimer à l'encontre de celles-ci. Cf. l'exemple ci-dessus. La liberté de discussion dont vous parliez relève de ce for, de même que la liberté de se rassembler en privé pour pratiquer son culte.
- for externe public : l'expression desdites convictions en public, comme par exemple les processions dans les rues, les mosquées avec minaret et muezzin appelant à la prière, les prières de rue, etc. Per se, l'expression des fausses religions au for externe public doit être réprimée. Pour des raisons de prudence politique, et certainement pas pour des raisons de respect de la conscience puisque ce respect relève du for interne, elle peut être tolérée. Cette tolérance ne fonde jamais un droit, et un tel "droit" ne peut être protégé par la loi civile. Une tolérance systématique sous prétexte de respect de la vérité (quelle vérité ?) elle-même mène à l'indifférentisme.
Utilité de la contrainte au for externe public
Premièrement, la publicité des fausses religions est de nature à pervertir les bons, à "semer parmi les autres la contagion du mal" (St Augustin, Contra epistulam Parmeniani, L.III)
Deuxièmement, la contrainte qu'il subit peut amener l'adepte d'une fausse religion à s'interroger sur les causes de ce rejet, à constater que ce sont les erreurs de sa fausse religion qui sont la cause de son malheur, et à s'intéresser à la religion qui n'est, elle, pas contrainte. Cela constitue alors une porte d'entrée vers la vraie religion.
Troisièmement, cette contrainte met dans une certaine mesure les adeptes des fausses religions à l'abri de la vindicte populaire et des humiliations quotidiennes dans la vie publique.
St Thomas
Vous invoquez I-II q96 a2 :
Or la loi humaine est portée pour la multitude des hommes, et la plupart d'entre eux ne sont pas parfaits en vertu. C'est pourquoi la loi humaine n'interdit pas tous les vices dont les hommes vertueux s'abstiennent, mais seulement les plus graves, dont il est possible à la majeure partie des gens de s'abstenir ; et surtout ceux qui nuisent à autrui. Sans l'interdiction de ces vices-là, en effet, la société humaine ne pourrait durer ; aussi la loi humaine interdit-elle les assassinats, les vols et autres choses de ce genre.
La loi naturelle est une sorte de participation de la loi éternelle en nous ; mais la loi humaine est imparfaite par rapport à la loi éternelle. Saint Augustin l'exprime nettement : "Cette loi qui est portée pour régir les cités tolère beaucoup de choses et les laisse impunies, alors que la providence divine les châtie. Mais parce qu'elle ne réalise pas tout, on ne peut dire pour autant que ce qu'elle réalise soit à réprouver."
C'est pourquoi la loi humaine ne peut pas défendre tout ce que la loi de nature interdit.
De même, la liberté de penser et de publier ses pensées, soustraite à toute règle, n'est pas de soi un bien dont la société ait à se féliciter; mais c'est plutôt la source et l'origine de beaucoup de maux. La liberté, cet élément de perfection pour l'homme, doit s'appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. Or, l'essence du bien et de la vérité ne peut changer au gré de l'homme, mais elle demeure toujours la même, et non moins que la nature des choses elle est immuable Si l'intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit le mal et s'y attache, ni l'une ni l'autre n'atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. Il n'est donc pas permis de mettre au jour et d'exposer aux yeux des hommes ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et bien moins encore de placer cette licence sous la tutelle et la protection des lois. Il n'y a qu'une voie pour arriver au ciel, vers lequel nous tendons tous : c'est une bonne vie. L'Etat s'écarte donc des règles et des prescriptions de la nature, s'il favorise à ce point la licence des opinions et des actions coupables, que l'on puisse impunément détourner les esprits de la vérité et les âmes de la vertu.
Et maintenant, poursuivons ces considérations au sujet de la liberté d'exprimer par la parole ou par la presse tout ce que l'on veut. Assurément, si cette liberté n'est pas justement tempérée, si elle dépasse le terme et la mesure, une telle liberté, il est à peine besoin de le dire, n'est pas un droit, car le droit est une faculté morale, et, comme nous l'avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu'elle appartient naturellement, et sans distinction ni discernement, à la vérité et au mensonge, au bien et au mal. Le vrai, le bien, on a le droit de les propager dans l'État avec une liberté prudente, afin qu'un plus grand nombre en profite; mais les doctrines mensongères, peste la plus fatale de toutes pour l'esprit ; mais les vices qui corrompent le coeur et les moeurs, il est juste que l'autorité publique emploie à les réprimer avec sollicitude, afin d'empêcher le mal de s'étendre pour la ruine de la société.
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