Reponses aux reflexions par Signo 2025-04-16 11:29:37 |
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1. Comme je l'ai déjà expliqué, vous ne distinguez pas suffisamment les différentes étapes de l'histoire du rite romain. On ne peut pas se comporter de la même manière à son égard si l'on est au VIIIe siècle ou si l'on est au XXe siècle. Ce n'est pas "moi" qui considère que le rite romain arrive à maturité à la fin du Moyen-Age, c'est ce qui ressort objectivement de l'analyse de son histoire. Saint Pie V n'a fait que couler dans le ciment du juridisme la liturgie héritée de la période médiévale. A partir de 1570 et jusque dans les années 1960, les différentes éditions du missel qui se succèderont ne procèderont qu'a des changements infimes. Cela montre bien que le rite romain termine sa période de croissance à la fin du Moyen-Age puis entre dans la période moderne dans une période de stabilité. Stabilité qui ne signifie pas que l’on ne peut rien changer, mais que désormais le rite est constitué et qu’il doit conserver sa structuration et sa cohérence globale, ce qui exclut toute entreprise de refonte. Au passage, en me renseignant il semble que les prières d'offertoire du VOM datent plutôt du XIIIe que du XIVe siècle.
2. Tout dépend ajouter quoi et retrancher quoi. Certains ajouts se discutent (les prières au bas de l'autel par exemple, qui avant S. Pie V se disaient a la sacristie certes MAIS il s'agit de prières tirées des psaumes, et il y a des équivalents dans les liturgies orientales), d'autres, comme la prière a saint-Michel à la fin de la Messe introduite par Léon XIII, et même, dans une certaine mesure, le dernier évangile, sont clairement des excroissances. Mais les prières d'offertoire, même si elles apparaissent relativement tardivement, sont au cœur de la célébration et accompagnent l'un des rites les plus essentiels de la messe. Il y a donc un discernement à opérer et celui fait par les réformateurs est très contestable, pour les raisons que je viens d'indiquer. Je ne joue donc pas sur les deux tableaux, mais au contraire je place un critère objectif, la fin du Moyen Age, que je justifie historiquement, puis je m'en tiens à ce critère. Ma démarche est donc cohérente, contrairement à la vôtre et à celle des bugninistes qui permet de quasiment tout remettre en cause, sauf le cœur sacramentel de la messe. Car rester fidèle à une tradition liturgique donnée suppose de conserver bien plus que simplement les fameuses "parties immuables". Et la distinction que fait le concile sur ce point n'implique pas forcément l'exigence que tout ce qui n'est pas immuable doit être remis en cause. Du reste, comme je l'ai déjà expliqué, il faut remettre dans l'analyse de ces évènements de la chronologie et du contexte: l'ambiance à l'époque de la rédaction de SC (la fin du pontificat de Jean XXIII, qui etait assez conservateur sur les questions liturgiques et qui n'aurait probablement pas accepté une réforme radicale comme celle de 1969) n'est pas du tout la même que celle de la conception du nouveau missel.
3. Concernant l'archéologisme et la référence à une antiquité mythifiée, d'ailleurs invoquée comme prétexte, vous je ne sais pas mais c'est clairement l'idéologie qui animait les réformateurs.
4. Lisez les textes des liturgies orientales, bien plus emphatiques que l'ancien rite romain contrairement à ce que vous affirmez, et assistez par exemple a une Divine liturgie dans le rite byzantin: il saute aux yeux que l'ancien rite romain et ces liturgies orientales appartiennent à un même monde et sont imprégnées de la même atmosphère sacrale. La liturgie reformée elle est une réalité radicalement différente: c'est une liturgie moderne, bien plus proche de l'esprit protestant. D'ailleurs les orthodoxes eux-mêmes le disent, et pour avoir lu des ouvrages d'apologétique orthodoxe, la réforme liturgique de 1969 fait partie des choses qu'ils nous reprochent... On insiste d’ailleurs pas assez sur le caractère en réalité anti-œcuménique de cette réforme qui nous a considérablement éloigné sur le plan liturgique des Eglises orientales separées (et des Juifs aussi d’ailleurs sur de nombreux points). Ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette réforme !
5. Votre affirmation sur les "formes existantes" est évidemment fausse. Un rite ou une prière disparue depuis plusieurs siècles par définition n'existe plus! Cela ne signifie pas d'ailleurs qu'il soit interdit de déterrer par exemple une ancienne préface disparue, ou une ancienne collecte, pour enrichir quelque peu le rite tel que nous l'avons reçu. Mais reconstruire entièrement une nouvelle liturgie (l'expression est de Paul VI lui-même!) en piochant dans diverses traditions antiques est une entreprise totalement différente... c'est pourtant ce qui a été fait.
6. Adapter la liturgie "aux mentalités contemporaines" est la dernière bêtise à faire. D'abord parce que la mentalité contemporaine d'aujourd'hui n'est pas celle de demain et celle d'après demain sera encore différente. La liturgie n'a pas pour vocation de s'adresser "a l'homme d'aujourd'hui", au risque d'avoir toujours un temps de retard (car la liturgie réformée est déja datée et passée de mode, trop lié au contexte des années 1960-1970, ce qui explique le peu d'enthousiasme qu'elle suscite aujourd'hui, notamment chez les jeunes et même chez les non-croyants). Elle a au contraire pour vocation de s'adresser à ce qu'il y a de permanent et d'intemporel dans l'homme: le désir et la recherche de Dieu, le besoin de sacré, de sens et de transcendance. Cela les Orientaux l'on bien compris. Je ne peux que vous renvoyer à ce que j'écrivais ici concernant la nécessité d'une attitude "conservatrice" vis à vis des rites reçus de la tradition, ce que Yves Congar lui-même (qui n'était pas précisément un lefebvriste obtus, comme vous le savez) avait reconnu dans un texte littéralement prophétique.
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