Je ne suis pas d’accord par Signo 2025-04-11 13:09:12 |
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Durant plus de dix ans j’ai défendu mordicus votre thèse d’une « restauration » du rite romain par la « réforme » de 1969. J’ai même appartenu activement à une association qui défendait cette ligne. Face à l’accumulation de faits objectifs j’ai été forcé, contre mon gré, de reconnaitre que je m’étais trompé.
Petite énumération de ces faits :
- D’abord les témoignages et les aveux. Les témoignages : on a évoqué celui de Louis Bouyer. En général ceux que ce témoignage gêne répondent qu’il faut relativiser, que le P. Bouyer avait un caractère irascible, qu’il était frustré, etc, l’objectif étant évidemment de disqualifier ledit témoignage. Je veux bien admettre que sur tel ou tel point il ait pu exagérer ou se soit laissé emporter par l’agacement. Mais cela ne remet en rien en cause les informations factuelles qu’il donne. Quand il raconte dans le détail certaines anecdotes factuelles sur la personnalité et les manœuvres de Bugnini, anecdotes que l’on peut difficilement considérées comme inventées, et que le portrait qu’il dresse du personnage vient confirmer celui dressé par Mgr Lefebvre , (à qui on peut reprocher beaucoup de choses, mais certainement pas d’avoir menti) je pense que ce serait faire preuve de mauvaise foi que de traiter tous ces témoignages concordants et issus de personnalités au positionnement ecclésial plus que divergent (Bouyer s’est montré à plusieurs reprises très critique envers le traditionalisme en général et le lefebvrisme en particulier, tout en étant considéré avec suspicion par les lefebvristes eux-mêmes qui le tenaient pour partiellement responsable de la reforme) avec dédain. Et puis il y a les aveux, en particulier celui de Gelineau, qui a été pourtant l’un des acteurs majeurs des chamboulements liturgiques. Et quand on creuse un peu, on s’aperçoit que cet reforme a suscité des réserves et des critiques même chez des personnalités considérées comme plutôt progressistes, comme Maurice Zundel, et même chez Paul VI lui-même, qui a signé bien des textes sans même les lire, et qui semble avoir découvert certains aspects choquants de sa propre reforme après-coup ! Avouez que ça fait quand même beaucoup…
- Ensuite, le cadre normatif. Durant des années, je pensais que les normes des nouveaux livres liturgiques décrivaient une liturgie encore globalement traditionnelle, ad orientem, en grégorien et partiellement en latin. Le Concile ayant rappelé le primat du grégorien, toute célébration qui ne donne pas la primauté au grégorien était nécessairement contra legem. Mais en étudiant de près les normes, en particulier la PGMR, je me suis aperçu que ce n’était pas vraiment le cas. En lisant attentivement la description des différentes étapes de la messe, notamment le chapitre II, non seulement le choix du propre grégorien est présenté comme optionnel, mais pour certaines parties de la messe il n’est même pas l’option privilégiée, et figure en dernier parmi les options possibles ! Autrement dit : une messe sans une seule note de grégorien n’est absolument pas contraire aux normes officielles. Et je ne parle pas de la multiplicité des options qui autorisent de la manière la plus parfaitement légale qui soit des liturgies presque totalement déstructurées…
Mais ce qui a porté un coup fatal à mes thèses « restaurationistes », c’est la découverte du désastreux discours prononce par Paul VI le 26 novembre 1969 pour expliquer le sens de la publication du nouveau missel, dans lequel il assume la rupture et justifie l’abandon du grégorien et du latin, en contradiction flagrante avec le concile… A partir du moment où l’autorité suprême dans l’Eglise elle-même nous explique que la mise en œuvre de la nouvelle messe (l’expression est de Paul VI lui-même) suppose l’abandon du latin et du grégorien, il était évident que toute mon analyse s’effondrait en miettes…
- Mais il y a plus grave. Ce qui m’a toujours gêné dans la pratique de la liturgie moderne, ce sont ces célébrations fades, horizontales, empreintes de cette atmosphère moderne, donc néo-protestante, mais j’attribuais cet affadissement généralisé a un irrespect des normes et a une perte généralisée du sens de la liturgie. On a vu que la question des normes est une explication au moins insuffisante. Sous benoit XVI, on pouvait encore avoir un espoir qu’avec un pape conscient de la gravite du problème, les choses finiraient peu à peu par s’améliorer. Et puis il y a eu le pontificat actuel, qui a mis un terme à ces illusions. En droit civil, il existe un principe selon lequel quand une règle (de copropriété par exemple) n’est pas appliquée durant un certain laps de temps assez long (plusieurs décennies), la tolérance envers une pratique contra legem a force de loi et personne ne peut ensuite invoquer la règle pour faire cesser la pratique. On peut considérer que ce principe s’applique à plus forte raison dans un domaine –la liturgie-, ou la notion de coutume a une place plus importante que dans le droit civil… cela signifie que l’ensemble des célébrations affadies qui règnent dans la plupart des diocèses ne sont pas des abus : ils SONT la mise en œuvre légitime de la messe de Paul VI. Ce qui rend cette liturgie inacceptable, d’où la nécessité de disposer de la liberté de la liturgie traditionnelle.
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