Réponse par Signo 2025-04-13 22:48:47 |
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1. Vous m’expliquez la « logique » qui a présidé à la révision des collectes. Fort bien. Mais je n’ai jamais contesté qu’il y avait une logique, mise en œuvre certainement de bonne foi et avec les meilleures intentions du monde (je ne suis pas du genre à voir des complots partout). Ce que je conteste, ce n’est même pas la logique qui a présidé à ces changements (encore que, l’atténuation des notions liées à la pénitence est telle que l’on peut se demander si le souci de parler à « l’homme d’aujourd’hui », sans cesse changeant, ne nous a pas fait oublier la nécessité de parler à l’homme éternel… qui lui a besoin de pénitence!), c’est l’idée même que l’on puisse se livrer à des changements de cette ampleur. Modifier quelques collectes médiocres à la marge aurait été acceptable, mais réviser les trois quarts d’entre elles selon une logique totalement nouvelle, si « brillante » soit-elle, ce n’est plus une réforme, mais une refonte complète. Les « réformateurs » ont tout simplement oublié… que le mieux est l’ennemi du bien.
2. Vous parlez de mon « insistance » sur le Kyrie, mais c’est vous qui avez insisté sur ce point qui n’était qu’un micro détail de mon argumentation. Tactile bien habile d’ailleurs consistant à se focaliser sur un détail pour éviter non seulement de parler de tout le reste (auquel vous n’avez toujours pas répondu), mais surtout de reconnaître que la somme de tous ces changements aboutissent à une liturgie littéralement méconnaissable. Ce que vous pouvez constater vous même sur le terrain paroissial: la liturgie paroissiale actuelle n’a plus aucun rapport, même lointain, avec ce qu’elle était encore dans les années 1940-1950.
3. Votre dernier point me permet de mettre le doigt sur l’un des problèmes essentiels de cette réforme: on a raisonné comme si nous étions au IIIe ou au IVe siècle, que la liturgie était une page blanche et que l’on pouvait tout construire ou reconstruire sur des bases neuves. Le problème, c’est que ce n’était pas le cas. Quand on a des œufs crus, on peut en faire ce qu’on veut: de l’omelette, des œufs à la coque, des œufs mimosas, etc. Mais avec des œufs durs, on ne peut plus faire d’omelette, ni d’œufs à la coque. On doit manger l’œuf tel qu’il est.
Or en 1965, la liturgie était un œuf dur, qui a subit la cuisson du temps: c’était un rite arrivé à maturité, fortement structuré, avec ses règles rubricales propres, sa logique interne, son identité claire. Pour paraphraser le général de Gaulle, on ne fait pas d’omelette avec des œufs durs. Il aurait fallu respecter ce rite tel qu’il était, éventuellement faire des modifications, assouplissements, adaptations à la marge (enrichir avec de nouvelles préfaces, permettre le chant du Pater par les fidèles, élargir un peu les possibilités de concélébration, surtout autour de l’évêque, rétablir une certaine connection entre le célébrant et le peuple, assouplir de manière limitée l’emploi du vernaculaire, etc) mais sans procéder à une refonte radicale du missel et en conservant l’essentiel du missel de S. Pie V. On aurait ainsi atteint l’objectif du premier mouvement liturgique sans qu’il y ait rupture dans le développement organique du rite.
Au lieu de cela, on a prétendu, au nom d’un archéologisme parfois délirant, sauter à pieds joints par-dessus quinze siècles d’histoire pour prétendument « restaurer » ce que l’on imaginait être la liturgie du Ve siècle tout en s’adaptant à ce qu’était (ou à ce qu’on croyait être) la mentalité de « l’homme d’aujourd’hui » (ce second objectif étant contradictoire d’ailleurs avec le premier, mais passons). Comme le dit très bien Bouyer dans ses Mémoires, la commission s’est trompée en s’imaginant entièrement refaire en quelques mois, sur la base des a priori théologico-liturgiques et des connaissances historiques limitées des années 1960, une liturgie qui avait mis plus d’un millénaire à progressivement se constituer et à arriver à maturité. C’était évidemment impossible! Comment s’étonner après cela que cette réforme ait échoué, voire ait aggravé et amplifié la plus effroyable déroute pastorale de tout l’histoire de l’Eglise?
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