Réponse suite par Signo 2025-04-15 22:04:58 |
|
Imprimer |
Que la décision de la réforme liturgique soit décisive, vous n’en savez rien. Certes je ne crois pas à une restauration telle quelle de l’ancienne liturgie sous sa forme de 1962. Mais sur le long terme, on ne peut pas exclure que certains éléments de l’ancienne liturgie reviennent par petits bouts, quand on se sera aperçu du vandalisme qu’a représenté leur suppression (je pense par exemple à l’octave de Pentecôte, dont on dit que S. Jean-Paul II déjà songeait à la rétablir… il y a par ailleurs un sérieux courant réclamant la restauration de la fête de la Circoncision, supprimée en 1960). Bref, il ne faut jamais dire jamais, mais être ouvert au « Dieu des surprises »…
Concernant le frère Odendall il me semble bien avoir entendu un aveu rapide dans la vidéo, mais peu importe.
Je pense que le principal point de désaccord entre nous est que vous refusez d’admettre que notre rapport au rite doit nécessairement être un rapport « conservateur », dans le sens où il faut chercher à préserver les rites, tels qu’on les a reçu, de l’atmosphère changeante, des impératifs et des a priori de chaque époque. Un rite doit être conservé même si on en a perdu le sens profond. Car le sens perdu d’un rite peut toujours être retrouvé, mais si le rite est supprimé, alors la vérité immémoriale dont le rite était le vecteur est perdue à jamais.
Au contraire, vous comme les bugninistes pensez que chaque époque peut se permettre de reconstruire entièrement la liturgie en fonction des « idées » du moment, sans même prendre le recul nécessaire pour s’assurer que ces idées soient des idées vraies, solides et durables et non pas des lubies passagères que le temps aura tôt fait de dissiper… car en piochant artificiellement des prières et des rites dans des traditions antiques disparues pour recomposer une liturgie pour aujourd’hui, vous ne ressuscitez jamais l’antiquité, ni même la « pureté originelle »: car ces prières anciennes, outre le fait qu’elles aient souvent été modifiées, sont sorties de leur contexte d’origine et réinsérées dans le contexte de l’homme des années 1960, imprégné de rationalisme, de fonctionnalisme, de pragmatisme, de naturalisme et d’horizontalisme. La tradition ne consiste jamais à enjamber les siècles pour retrouver une prétendue « pureté » des origines que les siècles suivants auraient corrompue; elle consiste à rester fidèle à la transmission vivante d’une vie et d’une substance que le rite dans sa puissance signifiante et sa cohérence interne véhicule, indépendamment de la compréhension qu’on en a. C’est pourquoi la démarche du premier mouvement liturgique est infiniment préférable à celle du pastoralisme de l’après guerre.
Ce rapport nécessairement « conservateur » vis à vis des rites reçus des générations précédentes a été admirablement expliqué par… le grand théologien Yves Congar:
«Nous sommes personnellement impressionné en profondeur par ce caractère propre à la liturgie d’assumer l’héritage vivant des siècles et d’être toujours, comme écrin conservant toute la Tradition, “la grande didascalie de l’Eglise.” Car, d’un côté, l’expression symbolique contient la totalité d’une réa-lité, bien au-delà de ce qui peut s’en exprimer ou s’en comprendre notionnellement. D’un autre côté, le caractère conservateur de la liturgie lui permet de préserver et de transmettre intactes des valeurs dont une époque peut avoir oublié l’importance, mais que l’époque suivante est heureuse de retrouver intactes et préservées, pour en vivre à nouveau. Où serions-nous si le conservatisme liturgique n’avait pas résisté au goût du Moyen Age finissant pour les dévotions sensibles, aux impératifs individualistes, raisonnables et moralisants du 18′ siècle, à la critique du 19°, aux philo-sophies subjectives de l’époque moderniste? Grâce à la liturgie, tout nous a été gardé et transmis. Ah ! ne nous exposons pas à encourir, dans soixante ans, le reproche d’avoir dilapidé l’héritage sacré de la communion catho-lique telle qu’elle se déploie dans le lent déroulement du temps. Gardons la conscience salubre de ne porter nous-mêmes qu’un moment d’affleurement à l’actualité d’une réalité qui nous dépasse à tous égards : en contenu, en hauteur, en profondeur.»
Yves Congar, “Autorité, Initiative, coresponsabilité” in La Maison-Dieu 97 (1969/1), p. 57.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|