Confusions multiples par Signo 2025-04-14 17:31:52 |
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La question de l'offertoire est effectivement intéressante concernant le sujet qui nous intéresse.
De mémoire les prières de l'offertoire du missel de S. Pie V n'entrent dans la liturgie romaine qu'au XIVe siècle. Pendant des années j'ai donc considéré que cette introduction tardive justifiait son remplacement a l'occasion de la réforme de 1969.
Et puis je me suis aperçu que la question est loin d'être aussi simple, pour plusieurs raisons.
D'abord, il ne faut pas oublier qu'un rite nait et se développe d'une manière similaire à un être humain selon un processus cumulatif et organique: naissance à partir d'une réalité pré existante, croissance, enrichissement, maturité. Et chaque étape de développement doit être respectée telle qu'elle est. Par exemple, il serait absurde de prétendre arracher les dents a un adulte de vingt ans... sous prétexte qu'il n'en avait pas à la naissance!
Concernant le rite romain, on peut considérer qu'il atteint sa pleine maturité à la fin du Moyen-Age. La codification et le léger élagage réalisé par S. Pie V n'a consisté qu'à stabiliser ce rite parvenu à la maturité. Au VIIIe siècle au contraire, le rite est encore dans une période de développement que l'on pourrait comparer à l'enfance. Le fait qu'il ne comprenait pas à cette époque certains éléments n'est certainement pas en soi une raison suffisante pour justifier leur suppression au XXe siècle. D'autant que rajouter une prière pour combler un vide, ce n'est pas du tout le même type d'évolution que de supprimer et remplacer une prière qui a fait partie intégrante du rite durant près de six siècles... derrière cette suppression, il y a une certaine idéologie d’archéologisme, contre laquelle, tout en étant partisan d'un retour a la patristique et aux sources originelles, je me suis bien gardé de tomber: il y a notamment cette idée que le Moyen-Age aurait prétendument "corrompu" une liturgie "pure" durant les premiers siècles. Ce qui a toujours été l'argument massue pour justifier, non pas d'authentiques retours aux sources, mais bien des nouveautés parfaitement modernes...
Sur le fond, on a accusé ces prières médiévales d'offertoire d'être redondantes avec la prière eucharistique. Depuis, des études en liturgie comparée, notamment avec les liturgies orientales, ont depuis longtemps balaye cette thèse, comme le montre cet article. La réalité est que ce changement, tout comme la réforme dans son ensemble, reflète surtout les a priori idéologiques et les connaissances historiques -aujourd'hui déjà bien datées- qui étaient celles des années 1950-1960.
Enfin je pose une question essentielle. Le Concile avait demandé, non pas de changer pour changer, mais que l'on "ne fasse des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique." Quel profit spectaculaire et évident l'Eglise, et notamment les fidèles, ont-ils tire de ce changement? Quant au caractère organique, le seul fait de supprimer, sur des arguments a minima contestables, des prières qui ont tout de même été en usage dans le rite romain durant près de six siècles, et de les remplacer par des prières radicalement nouvelles, suffit à se faire un avis clair sur la question!
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