C'est exactement mon propos par Réginald 2026-08-29 18:46:56 |
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Je ne nie pas que la réforme liturgique, et surtout certaines modalités de sa mise en œuvre, aient joué un rôle dans la crise. Je conteste seulement qu'on puisse expliquer celle-ci presque exclusivement par le missel de Paul VI.
L'exemple orthodoxe va dans le même sens. La Russie a conservé sa liturgie traditionnelle et connu pourtant un effondrement vertigineux de la pratique sous la persécution soviétique. Le cas est évidemment extrême, mais la chute du communisme n'a pas fait remonter la pratique de façon spectaculaire, bien que 80 % des Russes s'identifient comme orthodoxes. Cela suggère que la persécution seule n'explique pas tout. La Grèce, elle, dans des circonstances tout autres, s'est largement sécularisée sans connaître de révolution liturgique comparable à celle de l'Occident catholique. Cela montre au moins que l'intégrité formelle d'un rite ne suffit pas à garantir la vitalité religieuse d'une société.
Votre question elle-même — pourquoi cette liturgie, même bien célébrée, n'attire-t-elle pas ? — me paraît aller dans mon sens. Si le problème résidait essentiellement dans le Novus Ordo et dans sa mauvaise célébration, une abbaye célébrant en latin, avec le canon romain et dans la tradition de Solesmes, devrait logiquement être florissante. Or elle ne l'est pas. C'est donc bien que d'autres facteurs sont à l'œuvre : sécularisation, crise de la transmission, affaiblissement des appartenances collectives, transformation des modes de vie. La liturgie peut participer à cette crise. Elle ne suffit pas à l'expliquer.
Vous m'objecterez peut-être la vitalité de certains monastères traditionnels. Je ne songe nullement à la nier. Elle est réelle et réjouissante ! Mais la vitalité monastique liée à l'ancienne liturgie demeure un phénomène numériquement limité et remarquablement concentré en France, ainsi que dans quelques fondations isolées à l'étranger. Elle ne constitue nullement un phénomène général du monachisme catholique mondial.
Faut-il d'ailleurs rappeler le cas de Mariawald ? Cette abbaye trappiste allemande avait obtenu de Benoît XVI, en 2008, le privilège de revenir à la liturgie et à l'observance traditionnelles. Elle a bien attiré des postulants dans les années qui ont suivi ; mais la communauté n'est pas parvenue à en assurer l'intégration durable, et l'abbaye a fini par fermer en 2018. Le retour à l'ancienne liturgie n'a donc pas suffi, à lui seul, à garantir la pérennité de la communauté.
On ne peut donc pas passer sans précaution du constat que certaines communautés traditionnelles sont florissantes à l'affirmation que l'usage de l'ancienne liturgie constituerait, à lui seul, l'explication de leur vitalité. Pour établir que le missel constitue la variable décisive, il faudrait pouvoir comparer sur une échelle suffisamment large des communautés semblables par ailleurs et montrer que la différence de liturgie explique à elle seule une différence durable de vitalité. Nous sommes très loin de disposer d'une telle démonstration.
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