La FSSPX justifie son usage systématique parce que certains prélats, comme par exemple le substitut de la secrétairerie d’État du pape Paul VI, Mgr Giovanni Benelli, ont usé de cette expression dans une lettre écrite de la part du pape à Mgr Lefebvre :
[Si les séminaristes d’Écône] sont de bonne volonté et sérieusement préparés à un ministère presbytéral dans la fidélité véritable à l’Église conciliaire, on se chargera de trouver ensuite la meilleure solution pour eux.
Mgr Benelli voulait bien évidemment parler de l’unique Eglise catholique, reformée dans le sillage du concile Vatican II. Affirmer qu’il entendait par là une nouvelle Eglise distincte de l’Eglise catholique dans le sens ou le terme « conciliaire » viendrait remplacer l’adjectif « catholique » relève a minima d’une surinterprétation à la limite de la malhonnêteté.
Autrement dit, d’un simple terme certes maladroit écrit par un obscur fonctionnaire du Vatican il y a quarante ans, la FSSPX a fait une doctrine systématique qui tend à se transformer en idéologie schismatique, consistant à essentialiser certaines maladresses, erreurs ou défaillances de la hiérarchie. Une manière de justifier le schisme, sans réellement oser le dire, mais en le disant quand-même. La chose n’aurait pas été bien grave s’il n’y avait eu la qu’une opinion privée. Mais systématiquement répétée et publiquement enseignée, quasiment sous la forme d’une
doctrine nouvelle systématique, l’affirmation de l’existence de cette « Eglise conciliaire » désignant la hiérarchie officielle supposée distincte de la hiérarchie catholique tourne au jugement péremptoire et se rapproche dangereusement de l’hérésie.
On a eu des précédents de ce genre de novlangue destinée à justifier le schisme : ainsi certains schismatiques Orientaux appellent les catholiques les « Hildebrandiens » (en référence au moine Hildebrand devenu le pape Gregoire VII et acteur majeur de la reforme grégorienne), tandis que les réformateurs luthériens les appellent les « papistes ». La tactique est toujours la même : essentialiser les défaillances et déviations (hélas bien réelles) de la hiérarchie pour s’auto attribuer le monopole de la « véritable » Eglise catholique.
La réalité est que pas plus qu’il n’y avait « d’Hildebrandiens » au XIe siècle, pas plus qu’il n’y avait de « papistes » au XVIe, il n’y a pas « d’Eglise conciliaire » aujourd’hui, mais plutôt une Eglise catholique qui traverse une très grave crise doctrinale, morale, liturgique, une vraie période de décadence et de confusion. Comme durant les deux époques précédentes, c’est de l’intérieur que l’Eglise doit être reformée, par une fidélité toujours plus profonde a la sainte Tradition dans toute sa plénitude, et non pas justifier son séparatisme en créant une novlangue essentialisant les défaillances de la hiérarchie.