La tragédie du lefebvrisme… par Signo 2025-08-09 10:46:03 |
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… est celle de tous les mouvements qui ont finit dans le schisme. Cette tragédie consiste essentiellement d’avoir en grande partie raison, et de se heurter à une hiérarchie officielle sourde et aveugle qui nie ou minimise le problème, et qui est elle-même prisonnière d’une théologie ou d’une philosophie gravement déséquilibrée.
A force d’avoir évidemment raison, de ne pas être pris au sérieux et de ne pas être entendu, le mouvement contestataire, à force d’indignation, se durcit et se radicalise progressivement, au point d’en arriver à nier explicitement ou implicitement d’autres vérités de la foi (par exemple l’indéfectibilité de l’Eglise, qui inclut l’impossibilité que l’Eglise par exemple adopte un rite liturgique clairement hétérodoxe) ou tout simplement des attitudes catholiques de respect envers l’autorité (notamment de modération et de respect dûs au pape lorsque l’on parle de lui ou que l’on s’adresse à lui) qui auraient dû être des garde-fous.
Bouyer a bien montré ce mécanisme dans la formation des schismes. Dans son ouvrage Du protestantisme à l’Eglise, il montre comment certaines excellentes intuitions de la contestation protestante ont été dès le début perverties par le cadre de pensée nominaliste qui régnait dans le Moyen-Age finissant; et comment les théologiens catholiques, eux-mêmes prisonniers de ce cadre de pensée, ont été incapables de répondre à Luther de manière vraiment catholique et convaincante.
De même, à propos du mouvement traditionaliste, il écrivait en en 1979 dans un livre d’entretiens avec Georges Daix:
Georges Daix: Peut-être pourrions nous puisque nous venons d’évoquer l’ancien missel, parler de la messe de S. Pie V dont on dit qu’elle est devenue un cheval de bataille contre la nouvelle liturgie et même contre le concile…
Louis Bouyer: Il y a d’abord une première chose qu’il faut bien dire: c’est qu’on a tout fait pour provoquer cette réaction. Il est certain que les autorités locales et même trop souvent, il faut bien le dire, les autorités romaines, tolèrent, semble-t-il, jusqu’aux plus extrêmes formes de dérèglement qui s’écartent non seulement de la tradition générale mais très précisément même du nouveau missel, mais condamnent absolument une seule chose: l’ancien missel, qui a tout de même été utilisé pendant des siècles. On crée ainsi une situation tellement absurde qu’une réaction populaire de simple bon sens était inévitable. Cette réaction n’ayant pas été prise au sérieux, elle s’est durcie jusqu’à l’absurde […]. Il y a donc beaucoup d’absurdité des deux côtés, mais l’absurdité même dans la réaction est en grande partie une conséquence inévitable du manque extraordinaire de pédagogie et -il faut bien le dire- de simple bon sens avec lequel la hiérarchie dans son ensemble, hélas! a au moins laissé faire les choses et a même parfois appuyé des innovations autrement graves que l’attachement à l’ancien missel.
Louis Bouyer, Le métier de théologien, Entretiens avec Georges Daix, 1979.
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