À vous lire, on a le sentiment que la FSSPX et sa mouvance sont engagées dans un processus d’isolement croissant de la vie de l'Église, d’enfermement sectaire et de radicalisation schismatique.
Je crois cependant que vous ne connaissez pas aussi bien ces milieux que vous le pensez.
Je concède que certains faits peuvent être interprétés comme allant dans ce sens, notamment le fait que la FSSPX est devenue en quelque sorte autosuffisante grâce à son réseau de prieurés, de chapelles, d’écoles, de mouvements en tous genres. J’ai par ailleurs déjà eu l’occasion d’écrire sur ce Forum que certains fidèles ont perdu de vue ce qu’est traditionnellement l’épiscopat (cela dit, il faudrait voir si le fidèle nomiste moyen, dans un pays comme la France, en a vraiment une idée juste après plusieurs décennies d’abaissement doublé parfois de despotisme de l’épiscopat).
Mais pour le reste il me paraît faux de dire que la FSSPX s’éloigne de plus en plus de la vie de l’Église. Très significativement, depuis 2018, les nouveaux supérieurs, pourtant réputés beaucoup plus durs que leurs prédécesseurs, n’ont pas remis en cause les facilités accordées par le pape François en ce qui concerne le sacrement de pénitence et le mariage, probablement très précisément parce qu’ils ont bien saisi que les refuser positivement reviendrait à tomber dans le schisme. Vous noterez également la prudence conservée sur la question d’éventuels nouveaux sacres épiscopaux et la modération (bienvenue à mon sens) des organes officiels de communication de la FSSPX.
Du reste, malgré l’interruption du dialogue institutionnel avec le Saint-Siège, il me semble que les contacts n’ont jamais été aussi nombreux et constructifs au niveau des simples fidèles en France. Au début des années 2010, la frontière entre fidèles « ordinaires » et fidèles de la FSSPX était presque hermétique ; elle ne l’est plus, ne serait-ce qu’en raison du poids pris par la mouvance traditionnelle largement entendue dans les jeunes générations. La Manif pour tous, de ce point de vue, a contribué à faire tomber beaucoup de barrières entre catholiques, tandis que les fantaisies du dernier pontificat ont contribué à faire voir différemment la FSSPX et son rapport au Magistère postconciliaire : à partir d’Amoris Laetitia, on a vu des catholiques conservateurs critiquer les innovations au nom du Magistère antérieur, ce qui leur a rendu la FSSPX, qui fait la même chose avec Vatican II, beaucoup moins monstrueuse ou suspecte. Or le facteur humain et psychologique est loin d'être quantité négligeable.
Il faut souligner aussi le bien opéré par le pontificat de Benoît XVI et par des personnalités comme Mgr Schneider, qui ont fait tomber certaines préventions. J’ai ainsi pu entendre récemment un prêtre de la FSSPX réputé assez dur faire son éloge et parler de Léon XIV avec une prudence bienveillante en insistant sur le fait qu’il ne faut pas négliger les grâces propres de la papauté, comme il ne faut négliger celles de l’épiscopat.
Autrement dit, l’évolution linéaire que vous postulez ne me semble pas constatable dans la réalité, grâce à Dieu. Le danger de schisme existe, mais malgré certaines formules excessives, caricaturales ou malheureuses, beaucoup en sont conscients ; comme beaucoup, bien au-delà de ceux qui bénéficient du ministère des prêtres de la Fraternité, sont conscients du service qu’elle rend à toute l’Église en poursuivant l’ « expérience de la Tradition ».
Peregrinus
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