Le père de Lubac par Jean-Paul PARFU 2022-11-05 09:51:16 |
|
Imprimer |
1) Le père de Lubac (1896-1991), fait cardinal (comme plus tard Congar) par Jean Paul II en 1983, est l'une des figures majeures de ce qu'on a appelé "la nouvelle théologie" et du "conciliarisme conservateur". Ses ouvrages principaux sont : "Le drame de l'humanisme athée" (1944) et surtout, et qui l'a fait connaître, "Surnaturel" (1946).
2) Pour Peregrinus, sur le Forum, "le caractère stratégique de l'opération menée par le P. de Lubac avec son ouvrage "Surnaturel" est la suivante : Le surnaturel avait comme avantages 1° d'être un problème très difficile ; 2° d'être un problème qui n'avait pas été traité de manière systématique et explicite à l'époque de saint Thomas ; 3° d'être une occasion de disqualifier la totalité de la tradition des commentateurs tant dominicains que jésuites, afin de valider le supposé retour aux sources, et en réalité la table rase de toute la tradition théologique ; 4° de remettre sur le devant de la scène les thèses blondéliennes."
Et de conclure : il est "assez frappant de constater la profonde stérilité du thomisme rénové et supposément authentique, largement relégué au musée des doctrines mortes et de l'histoire des idées médiévales. Qu'on fasse l'économie du désastreux bilan intellectuel et missionnaire du soi-disant retour aux sources, des prétendus renouveaux biblique et patristique est d'autant plus piquant qu'on se permet de juger de haut la tradition des commentateurs en la rendant sans preuve responsable de la sécularisation de l'Occident".
3) La controverse déclenchée par "Surnaturel" du père de Lubac est la suivante : il s'agit en gros de savoir si l'homme a une nature capable de recevoir la grâce ou une nature qui exige de recevoir la grâce ?
Cette dernière proposition qui nie la gratuité de la grâce fut condamnée par Pie XII dans l'encyclique "Humani Generis" en 1950.
4) L'erreur du père de Lubac et de son école de théologie est de croire que la distinction : ordre naturel et ordre surnaturel a produit la notion de "nature pure" qui a elle-même conduit au laïcisme. Ils pensent donc qu'il faut les confondre et affirmer que la grâce est dans la nature et la nature dans la grâce. A l'instar de "Gaudium et Spes", il ne faut donc plus parler de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel. C'est pourquoi d'ailleurs le titre du livre du père de Lubac était : "Surnaturel" et non "Le surnaturel" ou "l'ordre surnaturel".
En fait, les partisans de cette thèse n'arrivent pas à faire la différence entre distinction et séparation des deux ordres et pensent que si l'on distingue, on sépare. Ce faisant, ils font comme si tout était grâce et comme si la grâce était naturelle.
5) Les implications sont importantes : plus de nécessité du baptême, plus de Limbes, par exemple ! Pour les hommes, l'Eglise, son enseignement, ses sacrements et sacramentaux deviendront facultatifs et l'Eglise ne sera plus missionnaire.
Autre conséquence : les partisans de la thèse du père de Lubac expliquent que ceux qui soutiennent l'absolue gratuité de la grâce sont des fidèles de Luther et surtout de Calvin. En gros, ils disent : soit vous êtes pour la nature-grâce ou la grâce-nature et vous êtes gentil, car vous reconnaissez ainsi que l'homme agit continuellement sous l'impulsion de la grâce, soit vous êtes pour la prédestination et vous êtes calviniste. De Lubac est donc gentil et véritablement catholique, sous-entendu contrairement à ceux qui s'opposaient à lui et qui, d'ailleurs, se retrouvent maintenant déjugés et marginalisés depuis le Concile Vatican II. A l'appui de leur thèse, ils donnent aussi comme exemple le fait que c'est en Dieu que nous avons "l'être, le mouvement et la vie".
Trois choses à ce sujet :
a) ils confondent la présence naturelle de Dieu en Sa qualité de Créateur et la présence surnaturelle de Dieu (la grâce) en Sa qualité de Rédempteur ;
b) la grâce est offerte à tous les hommes, mais par Jésus-Christ et Son Eglise, et c'est ce qu'on appelle "la première grâce" ou "grâce prévenante" (par laquelle Dieu est prévenant à notre égard). Mais cette grâce n'est pas la grâce sanctifiante ; elle ne nous justifie pas. Elle doit nous amener à la grâce sanctifiante et à la justification ;
c) il y a des êtres prédestinés comme la Très Sainte Vierge ou St Jean-Baptiste par exemple, mais cette prédestination n'est pas faite pour enfoncer les autres hommes, mais au contraire pour les aider à se sauver. Ces êtres prédestinés sont des phares de sainteté qui nous aident sur le chemin du Salut.
6) Conclusion :
Ces théories ont notamment pour conséquences une "naturalisation de la grâce" et un déplacement de l'horizon chrétien du Ciel vers la Terre. Elles sont au coeur du malaise actuel de l'Eglise, de son "humanisme", de sa transformation en une ONG. Elle a aussi des effets sur l'Occident tout entier.
Un exemple : Dans son livre "An Anxious Rage, the Post-Protestant Ethic and the Spirit of America", Joseph Bottum, un universitaire américain, explique qu’on ne peut comprendre la fureur idéologique qui s’est emparée de l’Amérique, si on ne s’intéresse pas à la centralité du fait religieux et à l’effondrement du protestantisme, «ce Mississippi» qui a arrosé et façonné si longtemps la culture américaine et ses mœurs.
Bottum décrit la marque laissée par le protestantisme à travers l’émergence de ce qu’il appelle les «post-protestants», ces nouveaux puritains sans Dieu qui pratiquent la religion de la culture "woke".
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|