Comment Mgr Bordeyne trompe sur l'enseignement de Jean Paul II par Johanis 2021-05-24 10:23:57 |
|
Imprimer |
La malhonnêteté n’est pas là où vous la voyez. Et si vous la voyiez là où elle se trouve, du même coup vous comprendriez, je pense, que Sandro Magister ne se trompe pas lorsqu’il dit que sur la question de la bénédiction des couples homosexuels il y a opposition entre Philippe Bordeyne et le document de la congrégation pour la doctrine de la foi.
La malhonnêteté réside dans l’imposture de certaines affirmations fondamentales de Philippe Bordeyne, à savoir que dans la distinction en morale entre universel et particulier, c’est-à-dire normes universelles et choix particuliers selon la conscience, Jean-Paul II n’a traité que le premier volet ; à partir de cette tromperie s’ensuit une autre : François lui a traité l’autre volet et il n’y a donc pas contradiction entre les deux.
Car Jean-Paul II dans Veritatis Splendor, au cœur de l’enseignement qu’il donne, établit au contraire le rapport entre normes universelles et choix particuliers selon la conscience dans les cas dont font partie les situations des divorcées remariées comme la situation des couples homosexuels ; c’est-à-dire les cas où il s’agit d’actes intrinsèquement mauvais. Je vous invite, vous, à aller lire précisément ce que dit Jean-Paul II.
L’autre point crucial, outre l’affirmation de l’interdiction morale sans exception des actes intrinsèquement mauvais, sur lequel il y a tromperie de la part de Philippe Bordeyne c’est celui de la possibilité ou de l’impossibilité de suivre les commandements en s’appuyant sur la grâce. La tromperie consiste précisément à dire que cette possibilité est à mesurer selon les forces humaines, c’est-à-dire en se gardant de tout pélagianisme, il parle de surestimation des capacités humaines, alors que selon la doctrine de l’Eglise rappelée par Jean-Paul II il est fondamental de reconnaître que la grâce est donnée pour pouvoir choisir et accomplir les commandements, même si cela passe par d’après le combats lorsqu’on se trouve dans des situations difficiles et qu’on manque de vertu acquise. Il y a donc tromperie grave à déformer la doctrine rappelée clairement par Jean-Paul II, pour parvenir à justifier que puisque dans de nombreux cas le baptisé ne saurait accomplir les commandements, la norme universelle, sans tomber dans l’illusion pelagienne, Dieu n’exige pas qu’on suive les commandements, et demande même que l’on choisisse hic et nunc ce qui est intrinsèquement mauvais.
C’est sur cette tromperie que repose la justification du « nouveau paradigme », selon lequel on peut et on doit même commettre des actes objectivement mauvais, des péchés objectivement mortels, puisque par ailleurs ils comportent aussi un certain bien et que c’est un chemin qui aboutira (peut-être) à une vie selon la norme universelle.
La vérité est que cette théorie n’est pas hors du champ de l’enseignement de Jean-Paul II, mais qu’au contraire elle est clairement visée et combattue par lui.
Je vous cite des extraits très significatifs de Splendor Veritatis qui montre clairement la tromperie des justifications données par Philippe Bordeyne, lorsqu’il prétend que l’enseignement de Jean Paul II ne concerne pas les cas particuliers et que le baptisé peut être impuissant à obéir aux commandements :
«56. Pour justifier de telles positions, certains ont proposé une sorte de double statut de la vérité morale. En plus du niveau doctrinal et abstrait, il faudrait reconnaître l'originalité d'une certaine considération existentielle plus concrète. Celle-ci, compte tenu des circonstances et de la situation, pourrait légitimement fonder des exceptions à la règle générale et permettre ainsi d'accomplir pratiquement, avec une bonne conscience, ce que la loi morale qualifie d'intrinsèquement mauvais. Ainsi s'instaure dans certains cas une séparation, voire une opposition, entre la doctrine du précepte valable en général et la norme de la conscience de chacun, qui déciderait effectivement, en dernière instance, du bien et du mal. Sur ce fondement, on prétend établir la légitimité de solutions prétendument « pastorales », contraires aux enseignements du Magistère, et justifier une herméneutique « créatrice », d'après laquelle la conscience morale ne serait nullement obligée, dans tous les cas, par un précepte négatif particulier…
102. Même dans les situations les plus difficiles, l'homme doit observer les normes morales par obéissance aux saints commandements de Dieu et en conformité avec sa dignité personnelle. …
Mais on peut vaincre les tentations et l'on peut éviter les péchés, parce que, avec les commandements, le Seigneur nous donne la possibilité de les observer : « Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît lui-même toutes les œuvres des hommes. Il n'a commandé à personne d'être impie, il n'a donné à personne licence de pécher » (Si 15, 19-20). Dans certaines situations, l'observation de la Loi de Dieu peut être difficile, très difficile, elle n'est cependant jamais impossible. …
103. C'est dans la Croix salvifique de Jésus, dans le don de l'Esprit Saint, dans les sacrements qui naissent du côté transpercé du Rédempteur (cf. Jn 19, 34) que le croyant trouve la grâce et la force de toujours observer la Loi sainte de Dieu, même au milieu des plus graves difficultés. …
Les possibilités « concrètes » de l'homme ne se trouvent que dans le mystère de la Rédemption du Christ. « Ce serait une très grave erreur que d'en conclure que la règle enseignée par l'Eglise est en elle même seulement un " idéal " qui doit ensuite être adapté, proportionné, gradué, en fonction, dit-on, des possibilités concrètes de l'homme, selon un " équilibrage des divers biens en question ". Mais quelles sont les " possibilités concrètes de l'homme " ? Et de quel homme parle-t-on ? De l'homme dominé par la concupiscence ou bien de l'homme racheté par le Christ ? Car c'est de cela qu'il s'agit : de la réalité de la Rédemption par le Christ. Le Christ nous a rachetés ! Cela signifie : il nous a donné la possibilité de réaliser l'entière vérité de notre être ; il a libéré notre liberté de la domination de la concupiscence. Et si l'homme racheté pèche encore, cela est dû non pas à l'imperfection de l'acte rédempteur du Christ, mais à la volonté de l'homme de se soustraire à la grâce qui vient de cet acte. Le commandement de Dieu est certainement proportionné aux capacités de l'homme, mais aux capacités de l'homme auquel est donné l'Esprit Saint, de l'homme qui, s'il est tombé dans le péché, peut toujours obtenir le pardon et jouir de la présence de l'Esprit »
L’imposture fondamentale, très grave, contenu dans ce texte de Philippe Bordeyne, dans le prolongement d’Amoris Laetitia, est de dire qu’il n’y a pas de contradiction avec la doctrine catholique pérenne et qu’il ne s’agit que d’un développement d’un aspect jusque-là ignoré.
Le sens de ce que dit Philippe Bordeyne à propos de la bénédiction des couples homosexuels, et qui n’est qu’une conséquence du reste, est de déterminer comment, si leur choix de vivre ainsi est justifié selon un discernement individuel, comment répondre positivement à leur demande de bénédiction, une bénédiction prenant en charge leur situation de vie en couple puisque dans leur situation particulière elle est conforme à la volonté de Dieu, qu’il n’y a pas de péché, c’est le chemin sur lequel ils doivent avancer. La contradiction entre cette position de Philippe Bordeyne et celle de la CDF repose sur le fait que pour lui il n’y a pas de mal, chez ces personnes homosexuelles vivant en couple, que c’est même leur bien qui exige qu’ils vivent ainsi, et que donc l’argument de la CDF selon laquelle on ne peut pas bénir la vie en couple homosexuel parce qu’on ne peut pas bénir un mal, n’est pas pertinente.
Donc, est-ce à Sandro Magister qu’il faut faire le reproche de tromper sur le sens du texte de Philippe Bordeyne, ou à celui-ci qu’il faut reprocher de tromper sur la vraie doctrine morale de l’Eglise, pour justifier des positions qui la contredisent et s’accordent mieux avec la pensée du monde ?
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|