selon le texte de Mgr Bordeyne, impliquerait ce qu'il appelle la ''discrétion'' (qui rejoint la notion ''d'éviter le scandale'') et qui est expliquée, non sans problème, comme suit:
''Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, insiste quant à lui sur la discrétion comme chemin spirituel qui engage à reconnaître que les possibilités d’accomplir la loi morale varient d’un sujet à l’autre. (...) au for externe, on peut aussi le souhaiter, la discrétion des communions pour éviter le scandale ou la démoralisation d’autres fidèles qui luttent pour rester fidèles à Dieu dans ce domaine. La prise en considération du scandale potentiel doit inciter les personnes vivant dans une union homosexuelle à rechercher la discrétion lorsqu’elles s’approchent de la table eucharistique à l’issue d’un processus de discernement sur la mise en œuvre du bien possible dans leur vie. Cette discrétion fait partie de leur marche vers la sainteté dans sa configuration particulière. Néanmoins, les communautés chrétiennes ont, de leur côté, la responsabilité de former les fidèles à la complexité du jugement moral, afin qu’ils comprennent davantage son irréductibilité à une application immédiate de la loi générale. Une telle formation fait partie intégrante de l’accompagnement pastoral d’une communauté chrétienne dans sa marche vers la sainteté.'' (p. 101-102)
On voit donc que l'article en question n'aborde pas seulement la question de la bénédiction; il y est aussi question de la communion. Or, le texte ci-haut est problématique car si la notion ''d'éviter le scandale'' est tout-à-fait traditionnelle, elle devrait toujours aller de pair avec ''l'état de grâce'' (laquelle est retrouvée par l'absolution qui est donnée lorsque la décision de vivre chastement a été prise), qui sont deux conditions indissociables pour la réception des sacrements chez les pécheurs publics repentants.
Pour mieux comprendre, abordons rapidement la question des divorcés-remariés. Si les conjoints divorcés-remariés prennent la résolution de vivre chastement, comme frère et soeur, l'absolution pourra leur être accordée, ce qui ouvrira ensuite la voie à la sainte Communion qui sera reçue privément pour éviter tout risque de scandale (
remoto scandalo). Certes, cette pratique a été mise à mal par
Amoris Laetita, mais il s'agit bien ici de la pratique officielle et traditionnelle de l'Église.
Mais, comme vous pouvez le voir, dans le texte de Mgr Bordeyne il n'est pas question de ce cheminement traditionnel. Pas un mot sur l'état de grâce, sauf le début de l'article qui évoque S. Alphonse de Ligori, d'une manière très belle mais qui ne donne pas beaucoup de suite puisqu'on aurait bien aimé que le reste du texte s'y accorde: ''Son discernement pastoral visait à «conduire les gens à l’état de grâce et [à] les y garder», en tenant compte de leurs capacités, de leur contexte spécifique et des mauvaises habitudes contractées dans le passé.''
Il est d'ailleurs bien triste que le texte se termine avec la question de la bénédiction, comme si la bénédiction était le sommet de la vie chrétienne. Car si des personnes engagées dans une union homosexuelle étaient décidées à vivre chastement, elles pourraient recevoir l'absolution qui leur permettrait ensuite de recevoir,
remoto scandalo et en état de grâce, non pas une simple bénédiction mais le Christ tout entier, avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Et c'est vers cela que devrait mener un chemin de sainteté. Mais dans le texte du P. Bordeyne, on a bien l'impression que cette communion eucharistique ils y ont déjà droit, alors que la bénédiction est un peu comme une sorte de couronnement.
Bref, il n'est pas exact de dire que le chemin de sainteté proposé par Mgr Bordeyne se résume, comme vous le dites, à ceci: s'abstenir du mariage et vivre dans la continence.