Il est aussi touchant que ce lorrain, soit mort dans la capitale de sa patrie d'attachement, alors occupée depuis quelques mois. Triste génération qui connut trois guerres.
Oui, c'est touchant.
Il y a des péripéties navrantes.
Je crois que ce fut Antoine Meillet, l'éminent helléniste et linguiste, qui avait dédié un de ses livres, après la Grande Guerre, simultanément à la mémoire de deux de ses élèves, un Français, l'autre Allemand, tous deux "tombés pour leur Patrie". Ce petit bout de phrase ne lui a pas valu les applaudissements de certains de ses collègues, mais il a tenu bon.
Dignité et grandeur d'âme !
Et quel immense chagrin pour un professeur de perdre ainsi deux rejetons prometteurs ...
Les langues mésopotamiennes sont, si je ne me trompe pas, votre spécialité universitaire, et les lettres grecques et latines un centre d'intérêt ad libitum ?
Je fais partie peut-être de la dernière génération d'historiens, d'orientalistes et biblistes pour qui le fondement évident et nécessaire de toute étude de ce genre demeure la philologie classique, donc l'étude poussée de la littérature et les langues grecque et latine.
J'ai fait donc, avant d'entamer autre chose, comme tout le monde à l'époque, mes huit à dix (huit dans mon cas) semestres de philologie classique, pour moi surtout le grec, une excellente base. Ensuite, car je voulais faire de la théologie, je me suis dirigé d'abord vers les études bibliques, mais le modernisme rampant chez nos théologiens (doublé souvent d'une méconnaissance ahurissante des réalités historiques et linguistiques de leur domaine) m'a vite découragé, et j'en suis arrivé en Mésopotamie, en passant par l'Asie mineure et la Syro-Palestine, en d'autres mots, nous parlons surtout du deuxième millénaire, l'aire de la culture cunéiforme, un aspect homogénisant mais qui cache les langues les plus diverses.
Mais tout est un tout en Orient, et comme le disait, avec une boutade bien sûr, Antoine Meillet, déjà mentionné, concernant l'apprentissage des langues (même s'il parlait surtout de langues vivantes d'aujourd'hui) : "ce n'est que les dix premières qui font difficulté, après, ça va tout seul !"
