Le témoignage d’un converti par Vianney 2019-01-15 10:58:53 |
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Le sculpteur Henri Charlier a eu la chance (la grâce) après sa conversion de découvrir la paroisse du Mesnil-Saint-Loup où, par suite de l’apostolat du Père Emmanuel, la liturgie avait été remise à sa juste place, celle que l’Église lui a toujours réservée mais dont le clergé ne tenait déjà plus assez compte, du moins en Occident, bien avant Vatican II :
L’Eglise dans ses offices nous propose de revoir chaque année l’ensemble de notre histoire religieuse qui est celle de notre salut. Elle commence la lecture de la Genèse à la Septuagésime : « Au commencement Dieu créa le Ciel et la Terre », et poursuit l’histoire de l’humanité jusqu’à l’Annonce de la fin des Temps. Dans le cours d’une même année elle fait passer sous nos yeux toute la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, aboutissement et renouvellement de l’histoire du monde, début des temps qui nous mènent à ce Ciel nouveau et à cette Terre nouvelle, à ce nouvel état de la matière où nos corps vivront dans la gloire. C’est un catéchisme annuel où se trouve rappelée et enseignée l’économie de notre salut. Les orthodoxes n’en ont point d’autre : la liturgie des dimanches et des fêtes, c’est là toute l’instruction religieuse. Sans doute c’est insuffisant si cette liturgie n’est expliquée (et c’est ce qui manque en Orient) car l’attention est très mal partagée, elle est très difficile pour beaucoup, soit à cause de la nature de leur intelligence, soit à cause de la fatigue : il est souvent, il sera toujours très dur de gagner sa vie.
Mais en Occident l’excès contraire a prévalu ; le catéchisme l’emporte sur la liturgie, la prédication n’en tient pas souvent compte ni même la vie spirituelle. Nous nous souvenons d’une retraite à laquelle nous assistions : le sujet proposé à la méditation, le jour même de l’Invention de la Sainte Croix, était l’Annonciation. Ceux qui n’étaient pas prêtres servirent chacun plusieurs messes de l’Invention de la Sainte Croix, les autres en dirent tout l’office, après avoir médité sur l’Annonciation. On ne peut pas dire que ce soit bien intelligent. Le pouvoir d’attention étant généralement faible, les cérémonies liturgiques sont faites pour la retenir. Une procession bien ordonnée avant la grand-messe est une préparation physique même autant que morale au respect que nous devons au saint sacrifice. Au jour de l’Epiphanie la procession suit le chemin inverse des processions ordinaires : voilà pour rappeler que les Mages s’en retournèrent par un autre chemin. Bien entendu si on n’enseigne pas aux fidèles que les Mages étaient des païens et qu’après avoir connu Jésus ils ne pouvaient pas mener la même vie et suivre la même voie qu’auparavant, beaucoup n’y penseront pas. Mais il est certain que l’encouragement à se convertir gagnera en force par la vertu de l’exemple et des images apportées par la liturgie.
Nous nous souvenons encore d’une prédication où il était dit : « Souvenez-vous que le prêtre est un homme intérieur. Foin de ces rites méticuleux, de ces observances extérieures... » Là-dessus les séminaristes entonnèrent d’une seule voix à l’Offertoire un cantique à la Sainte Vierge : « O tendre Mère... » pendant que le prêtre récitait : « Ma fidélité et ma bonté l’accompagneront et par mon nom grandira sa puissance... » Paroles qui s’appliquent très facilement à la Sainte Vierge si on y pense, tout comme au saint du jour ; mais les paroles du cantique étaient pauvres et vulgaires et sottes et le chant de même ; les paroles de l’Offertoire étaient du Saint-Esprit lui-même et le chant, lui, vraiment intérieur. Il était remplacé par une platitude. Que fait-on en ce cas de l’union des assistants avec le prêtre qui justement à l’Offertoire se retourne vers les fidèles et dit : « Priez pour que ce sacrifice qui est aussi le vôtre... »
Une pareille méthode n’encourageait certes pas les séminaristes à user de la liturgie et je ne pense pas qu’ils étaient pour cela plus intérieurs car la prière de l’Eglise est la prière de l’Esprit-Saint, et le florilège de l’Ecriture Sainte qui nous est donné dans le missel est l’œuvre de l’Esprit-Saint agissant dans l’Eglise. Sans doute l’Esprit-Saint passe quand Il le veut à travers toutes nos sottises (et que deviendrions-nous s’il ne le faisait pas ?). Il peut faire un saint d’un homme qui méprise sans s’en douter l’œuvre même du Saint-Esprit dans la prière de l’Eglise. Dans notre inconséquence ne le faisons-nous pas du matin au soir sur un point ou sur un autre ? Mais ne nous fions pas à la miséricorde sans observer tout ce que nous comprenons de l’œuvre de Dieu, et d’abord l’obéissance à la Sainte Eglise.
Nous avons connu un curé très digne, excellent homme et zélé ; son zèle le portait surtout à polycopier un nombre étonnant de circulaires et de bouts de papier. Nous lui dîmes un jour : « Pourquoi faites-vous chanter un cantique à l’Offertoire ? Vous savez bien que c’est interdit aux grand-messes chantées. » Il me répondit avec vivacité : « Mais il faut bien distraire les fidèles pendant l’office. » Que répondre à pareille innocence ?
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