Plusieurs fois ici j'ai abordé la question des prières de l'offertoire que certains traditionalistes présentent comme une partie essentielle de la messe
En effet !
Plusieurs fois ici vous l'avez abordée, cette question, et plusieurs fois ici on vous a répondu.
Il y a cependant quelques malentendus qui apparemment sont difficiles à dissiper.
Faisons un autre essai.
Je ne sais pas qui sont pour vous ces "certains traditionalistes", par ce terme je suppose que vous voulez dire des catholiques qui s'efforcent d'être fidèles à la foi et la pratique religieuse de leurs ancêtres. Il se peut qu'ils ne soient pas toujours bien instruits ou bien inspirés.
Mais si ces braves gens "présentent l'offertoire comme une partie essentielle de la Messe" ils ne font que suivre une théologie sacramentelle avérée.
En effet, l'offrande (véhiculée, d'une façon ou d'une autre, on y viendra, par l'offertoire ou ce qui tient sa place) est sans doute aucun une partie essentielle du sacrifice, puisque sans offrande préalable aucun sacrifice ne serait possible.
Pour pouvoir consacrer (= accomplir le sacrifice, l'essence du sacrifice, selon l'opinion commune, résidant dans la consécration) il faut d'abord la matière de sacrifice, il faut en d'autres termes avoir changé une matière encore profane, éloignée (le pain et le vin de tous les jours), qui ne saurait servir en tant que telle, en matière proche (pain et vin offerts, mystiquement déjà le corps et le sang du Christ), pour pouvoir réaliser la transsubstantiation. Car ce qu'on offre à la Messe, c'est le Christ, le Corps et le Sang du Christ, aussi son corps mystique, c'est-à-dire nous-mêmes baptisés, qui nous y associons, et c'est pour cela que ce sacrifice devient aussi "mon et votre sacrifice",
mais seulement grâce à s'être associé à l'unique véritable sacrifice de la Nouvelle Alliance,
immaculata hostia, calix salutaris, et
jamais sans ce lien essentiel qui en donne tout son sens et sa seule justification.
Proférer les paroles de la consécration sur une matière non offerte n'aurait aucun effet sacramentel, de même les proférer sur une matière mal offerte. C'est bien pour cette raison que le traité
De defectibus au début de nos missels prend soin de préciser, là où il faut recommencer la consécration à cause d'un défaut de matière qu'on n'avait pas aperçu avant, qu'il faut répéter l'offrande avant de procéder à nouveau à la consécration. Une offrande
saltem mente concepta, au moins mentale, suffit, mais il est recommandé de la réitérer entièrement. On comprend bien entendu pourquoi.
Il FAUT une oblation, ne fût-ce un geste en effet, ne fût-ce une oblation mentale. Mais il en faut une, dont la formulation, SI elle est formulée, ne s'oppose pas au concept même du sacrifice eucharistique, qui est, aussi avant la consécration, celui du corps et du sang du Christ, le seul agréable à Dieu, auquel s'assimile le sacrifice de son Corps mystique : l'Église et donc les fidèles.
D'aucune façon il ne peut s'agir d'un sacrifice de dons humains, autonome, sans rapport avec le sacrifice du Christ.
Voilà le point où je crois il y a malentendu chez vous (et d'autres): vous critiquez le vouloir maintenir une prière tardive, vous oubliez que cette prière ne fait que faire suite à d'autres plus anciennes de même teneur, en Orient et Occident. Vous vous opposez aux prières de l'offrande du Missel romain (qui sont carolingiennes, donc bien antérieurs au XIIIe s.), alors qu'elles expriment à merveille la théologie du sacrement qui nous apprend que nous offrons dès le début le Corps et le Sang du Christ, rien d'autre, et surtout pas une matière profane, tout comme cette même vérité est exprimée (verbalement ou non verbalement) de la même façon dans les rites orientaux et d'autres rites occidentaux.
Bien sûr un pape légitime pourrait changer ces paroles de l'offrande,
le problème n'est pas là, comme il pourrait changer tout le reste de la messe, c'est absolument dans ses prérogatives même si ce ne serait pas prudent, et y substituer d'autres, ou prescrire une offrande silencieuse, sans paroles,
mais qui ne contredit en rien la théologie du sacrement.
Ce qu'il ne pourrait pas, et de fait aucun vrai pape ne l'a fait, c'est prescrire des prières qui expriment autre chose que ce qu'enseigne l'Église, autre chose qui simule le sacrifice, au moins l'offrande, non point du Christ (et de nous avec lui), mais d'un don profane, sans trait aucun avec l'offrande de la Croix.
Or, on le voit, la terrible
praeparatio donorum du NOM se réfère au sacrifice du Christ comme le sacrifice de Caïn à celui d'Abel.
Il y a un gouffre qui sépare, fatalement, l'
oblatio munda de l'
opus manuum hominum et il faut dire que celui-ci opère, dans les termes d'
Apostolicae curae du Pape Léon XIII, une "intentio sacramento contraria".
Non, il ne s'agit pas, dans le sacrifice de l'Église, d'une œuvre humaine.
Et oui, une œuvre purement humaine, même si par après, en guise de feuille de figuier, on mentionne le sacrifice du Christ, ne saurait plaire à Dieu, et ne saurait rendre présent sacramentellement le Christ.