fort bien expliqué par Réginald, j'ajoute des éléments de contexte par Luc Perrin 2026-06-04 12:17:14 |
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Il ne fait aucun doute, en dépit des apologies de dom Basile Valuet osb et alii, que D.H. marque une évolution de la position de l'Église romaine vers le catholicisme libéral (version La Mennais 1831).
Ceci n'est en aucune façon ni du protestantisme (la majorité des Églises protestantes historiques étaient longtemps des confessions liées à l'État, le "librisme" des Églises libres se diffusent lentement, des groupes protestants très marginaux type mennonites ont revendiqué la séparation dès le XVI-XVIIe) ni bien entendu du "modernisme" qui a un tout autre axe (même si Loisy était un catholique libéral par ailleurs).
Le "grand débat" entre une laïcité de facto (tolérance avec toutes les précisions de Me Parfu, de Ci riesce, ajoutons la déclaration de l'A.C.A. française en 1945) et une laïcité acceptée - qui inclut des systèmes concordataires explicitement - comme "l'hypothèse" de Mgr Dupanloup via D.H. passionne encore moins que la question des sacres sans mandats de la FSSPX. J'ai eu ici plusieurs fois l'occasion de souligner son caractère proprement irréel puisque pour l'immense majorité des états, la situation avant et après D.H. n'a pas changé au plan pratique, de la vie des peuples et de l'Église. L'exemple de l'Alsace-Moselle sera parlant pour les Français : le statut légal est le même depuis 1802.
Syllabus contre D.H. en 1965 déjà d'autant plus en 2026, c'est un débat sur le sexe des anges. Passer d'un état de fait universel "toléré" à un état de fait identique "accepté".
La liberté de culte était, en théorie souvent pas forcément au plan effectif, inscrite dans la quasi totalité des textes constitutionnels/législatifs, l'Arabie Séoudite et la Cité du Vatican étant deux exceptions notoires.
Fallait-il continuer, après un siècle d'échec complet (174 ans si on remonte à Pie VII en 1791), à se battre sur le papier pour établir des états mono-confessionnels catholiques avec répression des cultes autres et de l'athéisme partout dans le monde, sachant qu'en 1965 comme en 2026, ceci relève du rêve éveillé ?
Notons qu'aucun parti politique en France ou en Europe jusqu'à l'Oural ni dans les Amériques ni nulle part sur terre n'a inscrit cela à son programme. Les Pères de Vatican II ont jugé pastoralement que ce serait du don-quichottisme contre-productif de continuer dans cette revendication précise du Syllabus (le texte en comporte bien d'autres plus réalistes et toujours actuelles).
Ils voyaient en revanche un intérêt plus immédiat : face à des régimes oppressifs en particulier communistes (mais d'autres aussi, des tenants d'un laïcisme agressif "libéral", des états musulmans etc.), affirmer le principe d'immunité de contrainte face au Pouvoir temporel avait un sens pour beaucoup tant derrière le Rideau de Fer que dans les pays de Mission en marche vers l'indépendance ou à peine indépendants à la même époque. Donner un espace légal autant que possible à l'Église catholique, voilà qui fait sens. On a quitté don Quichotte, la revendication est plus réaliste.
Si les Britanniques et les Américains (P. Courtney Murray sj), aussi Mgr Pavan italien qui a inspiré Pacem in terris 1963, ont été moteurs dans ce dossier, c'est que cela correspond à leur histoire (pas les Italiens bien qu'ils aient connu un libéralisme agressif après 1860-1870 et les intimidations du fascisme mussolinien).
Pour un Français, Espagnol, Portugais, Belge, Suisse des cantons catholiques ...il y a perte avec la révolution libérale : des états catholiques octroient la liberté de culte, il y a un amoindrissement pour l'Église romaine y compris avec le Concordat de 1801.
A l'inverse en G-B et aux USA, la laïcité relative (GB) et totale (USA 1er Amendement) est émancipatrice pour les catholiques opprimés dans le système protestant d'Ancien Régime antérieur. Une croissance du catholicisme sur tous les plans est observée alors.
Pas étonnant dès lors que les Pères de la Minorité qui sont hostiles à D.H. et au schéma de liberté religieuse soient issus des pays perdants à l'époque révolutionnaire. Tandis que l'immense majorité des Pères soit ne voyait pas ce qui agite tant nos amis syllabusiens du F.C.,soit voyait un avantage possible dans D.H.
Aujourd'hui le libéralisme à visage totalitaire menace de plus en plus la liberté de culte pour tous (les anti-sectes, menace sur la confession, sur la Bible, sur la présence du religieux dans l'espace public...) et la revendication de D.H. n'a pas perdu de son intérêt pratique (qu'on songe aux cas réguliers au Pakistan de chrétiens persécutés par le système légal et judiciaire ou à la Chine).
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