Réprimer l'erreur ou servir le bien commun ? par Réginald 2026-06-04 11:41:55 |
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On peut continuer à affirmer que seule la vérité possède un droit moral objectif, tout en estimant que, dans des sociétés pluralistes où la coercition religieuse engendre davantage de troubles que de biens, le juste ordre politique exige une immunité de contrainte plus large.
Vous dites que cela revient pratiquement au même. Je ne le crois pas. Une chose est de dire : « l'erreur possède un droit » ; une autre est de dire : « l'autorité civile n'est pas compétente pour contraindre l'acte religieux dès lors que l'ordre public juste est respecté ».
Et pourquoi cette incompétence ? Pour deux raisons principales.
1/ Parce que les sociétés modernes sont devenues pluralistes.
Ce qui pouvait se justifier dans une chrétienté où existait une large unanimité morale autour du catholicisme comme fondement du bien commun ne se justifie plus nécessairement dans des sociétés où cette unité n'existe plus.
Notez d'ailleurs que cette prise en compte des circonstances historiques n'apparaît pas avec DH. Le schéma du cardinal Ottaviani affirme lui-même qu'« une juste tolérance, même sanctionnée par des lois, peut, selon les circonstances, S'IMPOSER au pouvoir civil », non seulement pour éviter de plus grands maux, mais aussi pour procurer « un plus grand bien », notamment « la coopération civile et la co-existence pacifique des citoyens de religions différentes » ou encore « un accomplissement plus efficace » de la mission de l'Église.
La doctrine antérieure n'était donc pas simplement : « réprimer l'erreur autant que possible », puisqu'Ottaviani lui-même raisonne déjà en termes de circonstances, de prudence, de coexistence pacifique et d'efficacité missionnaire.
En outre, dans la majorité des cas, nous ne sommes pas face à des personnes qui ont personnellement rejeté une vérité dont elles étaient certaines, mais face à des situations religieuses héritées de l'histoire, de la famille et de la culture. Le protestant, l'orthodoxe, le musulman ou le juif contemporain adhèrent généralement à la religion qu'ils ont reçue de leur milieu. Nous ne sommes donc plus dans la même configuration sociale que celle qu'ont connue les sociétés de chrétienté.
2/ Parce que l'on a davantage pris conscience des conséquences concrètes de la liberté nécessaire à l'acte de foi.
La tradition catholique a toujours enseigné que nul ne doit être contraint à embrasser la foi. Le Code de Droit canonique disait déjà " Que personne ne soit contraint à embrasser à contre cœur la foi catholique " (C.I.C., can. 1351). Mais l'expérience historique conduit à ajouter qu'empêcher systématiquement un homme de pratiquer la religion dans laquelle il est né ne le dispose pas à accueillir la vérité. Une telle politique produit souvent la peur, le conformisme intéressé, l'hypocrisie ou même une hostilité durable envers la foi catholique.
Là encore, le schéma Ottaviani le reconnaît explicitement lorsqu'il affirme que, dans la sauvegarde de la vraie foi, il faut procéder « selon les exigences de la charité chrétienne et de la prudence », afin que « les dissidents ne soient pas éloignés de l'Église par la terreur, mais plutôt attirés à elle ».
Pour le comprendre, faites une expérience de pensée : placez-vous un instant dans la situation de celui dont on ferme le lieu de culte, dont on interdit les rassemblements religieux ou dont on sanctionne publiquement les pratiques. Est-ce réellement ainsi que l'on prépare son cœur à reconnaître la vérité ?
En somme, la position du Concile n'est pas de nier les droits de la Vérité, mais de questionner les moyens par lesquels l'autorité politique peut servir le Bien commun dans un monde qui ne reconnaît plus son ancrage chrétien.
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