D'accord avec Luc Perrin et Yves Daoudal par Denis SUREAU 2011-06-03 15:32:25 |
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Le problème de la liberté religieuse reste insoluble quand on persiste (comme l'abbé Barthe et la FSSPX) à raisonner dans l'abstrait, sans même chercher à comprendre la nature spécifique (et instrinsèquement antichrétienne) de l'Etat moderne. On persiste naïvement à exiger quelque chose d'un appareil institutionnel qui s'est construit contre l'Eglise, en se présentant comme sauveur. Cela a commencé au XVIe siècle et s'aggrave de siècle en siècle (avec bien sûr un saut décisif à la Révolution).
Comme l'a écrit magistralement William Cavanaugh, "l’Etat a colonisé l'imagination politique des chrétiens. Nous avons par trop souvent supposé que c’est à l’Etat-nation de définir les limites de notre unique espace commun et de promouvoir le bien commun au sein de cet espace. Nous avons permis que ces limites définissent notre identité et notre appartenance et qu’elles transforment nos attachements antérieurs en une sorte d’ersatz de religion fonctionnant avec un ersatz de liturgie. Nous avons attendu de ces identités qu’elles nous apportent le salut et nous avons recouru à la violence pour les défendre. Et c’est ainsi que nous avons mis en péril nos identités de membres du Corps du Christ."
Et c'est pourquoi on peut considérer la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme étant une libération du pouvoir coercitif de l’Etat, tout en rejetant, précise Cavanaugh, "la séparation de la « religion » et de la « politique »... l’idée que le christianisme appartienne à un domaine particulier et non-empirique appelé « religion », un domaine qui serait tenu à l’écart d’un autre domaine de l’action humaine essentiellement distinct, du nom de « politique », est une invention qui date des débuts de l’ère moderne et qui a facilité l’expansion du pouvoir civil au détriment du pouvoir ecclésiastique. La séparation de la religion et de la politique contribue à promouvoir la séparation de la loyauté de l’individu envers l’Eglise de celle qui est la sienne envers l’Etat-nation et c’est ainsi que s’opère la migration du sacré de l’Eglise à l’Etat. Bien qu’il puisse y avoir de bonnes raisons de limiter les pouvoirs que les autorités ecclésiastiques exercent vis-à-vis des questions matérielles, il n’y a aucune raison de considérer le christianisme comme étant essentiellement limité à une vie « spirituelle » éthérée. Toute théologie fondée sur l’Incarnation sait à quel point notre vie de tous les jours est profondément liée au matériel dans notre pèlerinage vers Dieu. Le pouvoir sur les choses que notre corps utilise ne constitue pas une science essentiellement distincte de la science de l’âme. Seule une lecture parfaitement anachronique des évangiles pourrait diviser la religion et la politique. Lorsque Jésus suggère que soit rendu à Dieu et à César ce qui leur est dû, il ne conçoit ainsi pas de division des tâches entre deux êtres divins. Il n’existe pas, dans la vie, de domaine du nom de « politique » qui ne serait qu’indirectement placé sous l’attention providentielle de Dieu. Une fois que l’homme rend à Dieu ce qui est à Dieu – « Au Seigneur appartient la terre et tout ce qu’elle renferme » (Ps 24,1) – il ne reste rien qui puisse appartenir en propre à César."
Ces lignes sont extraites d'un livre remarquable : Migrations du sacré (Ed. de L'Homme Nouveau). Persister à ronchonner sur la liberté religieuse sans découvrir les analyses de la théologie politique ne sert à rien.
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