1789 est la naissance d'un nouveau monde par jejomau 2011-06-03 15:12:51 |
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Lisant les différents posts, il saute aux yeux que le problème de la Liberté religieuse repose sur l'articulation reliant la conception du pouvoir politique et l'enseignement de l'Eglise catholique concernant le Salut des âmes de ces mêmes peuples.
Nous pourrions peut-être envisager ce que fut 1789.
AVANT 1789... Et ce, depuis les temps préhistoriques - souriez - l'homme ne connaît pas le régime démocratique . Un petite ébauche dans la Grêce Antique , mais c'est tout. Cette démocratie-là connaissait l'esclavage, tout le monde n'avait pas le droit de vote, etc...
Même le peuple hébreu finira par avoir une structure très hiérachisée en copiant les peuples païens avec son Royaume.. ce qui lui coûtera cher . Dieu n'apprécie pas .
Quand le christiannisme arrive et qu'il prend son essor, surtout avec Constantin, personne ne connaît d'autres structures politiques que celle existantes alors dans le monde. Et personne n'en a jamais connu d'autres dans l'histoire de l'humanité.
Celà a forcément des répercussions dans le fonctionnement de la société. Quand Saint Paul parle du couple, il demande que la femme soit soumise à son mari. Il demande que l'Eglise se soumette au Christ. Il demande que l'esclave se soumette au Maître.
On remarquera judicieusement que Saint Paul comme les Pères de l'Eglise n'évoque pas la "Royauté du Christ" autant que l'Eglise en parle dans tous ses textes pratiquement au XVIII° et XIX° siècles.
Car la structure politique dans laquelle nous évoluons façonne notre univers et notre pensée.
APRES 1789 le monde est transformé comme jamais il ne l'a été. Cette (r)évolution n'est pas immédiatemant perceptible puisque nous aurons des régimes autoritaires... Cependant, le monde tel qu'il est aujourd'hui a "trop" changé. Par exemple, de nombreux prêtres, lors d'un mariage, ne mettent plus la fameuse lettre de Saint Paul demandant aux femmes de se soumette à leurs maris... Parceque ce serait incompris ! Les femmes votent. Les phénomènes migratoires sont tels qu'ils influent également sur la gouvernance des peuples du fait des nouvelles cultures complètement étrangères au christiannisme... On pourrait prendre ainsi des milliers d'exemples . Les points de repère qui ont lié les hommes entre eux pendant des siècles se sont évanouis .
Le Concile Vatican II, à mon avis, prend acte de ce fait.
Cette digression était nécessaire . Nous revenons maintenant sur le problème propre de la Liberté religieuse .
Y a-t-il une rupture dans l'enseignement de l'Eglise concernant la Liberté Religieuse.. entre la façon dont l'Eglise a réglé le problème pendant des siècles AVANT Vatican II et la façon dont Elle considère la chose aujourd'hui APRES Vatican II ?
Dom Basile Valuet , dans sa réponse à Rhonheimer pose la problématique ainsi : "Certains Pères affirment que la Déclaration ne montre pas suffisamment comment notre doctrine ne s’oppose pas aux documents ecclésiastiques jusqu’à Léon XIII. […] il faut affirmer ce qui suit : alors que les documents pontificaux jusqu’à Léon XIII insistaient davantage sur les devoirs moraux de la puissance publique ("potestatis publicæ") vis-à-vis de la vraie religion, les derniers souverains pontifes, en conservant cette doctrine, la complètent en mettant en lumière un autre devoir de la puissance publique ("potestatis publicæ"), à savoir de respecter en matière religieuse la dignité de la personne humaine comme un élément nécessaire du bien commun."
Continuons avec Dom Basile Valuet :
"Distinguons trois positions différentes concernant la personne humaine (singulière ou collective). Par « erreur », nous entendons bien sûr ce que l’Église catholique déclare être une erreur :
[A] L’homme a la permission morale d’adhérer à l’erreur.
[B] L’homme a le droit d’adhérer à l’erreur.
[C] L’homme a le droit à l’immunité de contrainte extérieure, même s’il est dans l’erreur.
La proposition A, condamnée, bien sûr, de tout temps, en particulier au début du Syllabus, résume l’indifférentisme religieux. — B résume la thèse de la liberté de conscience et des cultes (LCC), condamnée aussi, à la fin du Syllabus. — C résume la doctrine de Vatican II.
"Quanta cura", préparée bien avant 1863 pour condamner A et B, ne condamna pas les discours de Malines de Montalembert, lequel ne soutenait pas A, ni même B en théorie, mais estimait cependant dans la pratique devoir s’accommoder d’une société organisée sur B, parce qu’elle rendait possible C. Le Saint-Siège fit expliquer par Curci, en 1863, un an avant "Quanta cura" et le "Syllabus", que cette position d’hypothèse était acceptable. Léon XIII condamna encore A et B ; il affirma comme déjà Pie IX la possibilité de tolérer la situation concrète de B. Mais, 1er pape à avoir distingué la Liberté de conscience et de culte idéologique européenne (B) et la Liberté Religieuse pragmatique américaine (C), dans "Longinqua Oceani", en 1895, il déclara que C, situation bonne, n’était pas la meilleure dans l’absolu.
Que s’est-il passé ensuite ? L’État moderne dont parle le Saint-Père en 2005 a évolué de la conception de la Liberté de conscience et de culte(B), à une conception autre de la liberté (C). De son côté, le magistère, dès "Libertas", a su distinguer progressivement de B la revendication de C. Et ainsi, le magistère a fini par se retrouver d’accord avec l’État moderne sur la Liberté Religieuse(cf. les explications données en "Dignitatis humanae"), bien que reste condamnée la Liberté de Conscience et de Culte (B) condamnée par Pie IX (il n’y a pas de droit à l’erreur), et pas seulement A. Il y a discontinuité sur la liberté dont on parle, non sur la doctrine : nous sommes donc d’accord.
Autre chose de très important a changé aussi : le fait que le droit à la Liberté Religieuse (au sens C) ait été reconnu de manière inter-confessionnelle et internationale après la 2e guerre impliquait que l’expansion d’une religion autre que la religion dominante dans une société donnée ne constituait plus ipso facto un danger pour l’ordre public. De ce fait, la nécessité pour l’Église d’avoir un bras séculier chargé de réprimer "ipso facto" l’erreur religieuse n’existait plus. La situation antérieure était moins parfaite. Mais comme le remarque le Prof. Stefano Ceccanti, on pouvait comprendre que l’Église fît appel à un État catholique pour se défendre. La commission de rédaction de "Dignitatis humanae" a précisé que l’exigence, parfois prévue dans les concordats, de réprimer les confessions non catholiques, était due aux circonstances (A.S. III/VIII, 463-464).
Lorsque l’Allemagne et la France étaient en guerre, fait extrêmement déplorable, le droit naturel permettait aux armées de se tirer dessus. Mais dès l’armistice, il devient contraire au droit naturel de se tirer dessus. De Théodose à 1948, on a appliqué entre les confessions religieuses le « droit de la guerre ». Avec la reconnaissance mutuelle du droit à la Liberté Religieuse, disparaît le droit "per se" à la coercition du bras séculier. Il me semble que je vous rejoins ici ? "Dignitatis humanae" énonce un principe englobant toutes les situations : là où une erreur religieuse ne nuit pas à l’ordre public juste, l’État n’a pas à la réprimer, mais si elle nuit à l’ordre public juste, l’État peut et parfois doit la réprimer.
7. Les papes du XIXe ont condamné le droit affirmatif (B), et non le droit négatif de Vatican II (C)."
Personnellement, je rejoins la thèse donnée ci-dessus. Elle me semble adéquate parce qu'elle correspond à cette logique qui veut que le monde d'aujourd'hui a changé .. substantiellement. L'Eglise en prend compte.
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