un essai de réponse très partielle par Luc Perrin 2011-06-03 15:15:21 |
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cher ami,
Il y a tant de débats ouverts dans votre post qu'il est difficile de répondre en bloc.
De 1832/1864 à 1953, il y a une évolution évidente : Pie XII élargit notablement la position de principe de ses prédécesseurs tout en restant dans cet univers mental d'une hypothétique instauration de l'État confessionnel catholique exclusif type d'Ancien Régime et plus ambitieux encore.
D.H. saute le pas en faisant de l'exception théorique de Pie XII la règle et en l'appuyant sur un principe alternatif (dignité de la personne humaine). Au plan théorique Vatican II paraît "révolutionnaire" sur ce point alors qu'au plan pratique, la masse des Pères n'a pas compris pourquoi les Pères minoritaires étaient tant courroucés par ce qui était de facto la situation commune des catholiques partout dans le monde depuis 150 ans environ.
Ils ont gardé du Syllabus pour autant une grande partie des articles et l'idée centrale que l'État ne doit pas s'ingérer dans les affaires de l'Église a été particulièrement soulignée ; de même l'idée annexe que l'Église a un droit à s'exprimer même contre l'État sur les matières de foi et connexes.
La "vision permissive individualiste" n'est pas celle que met en avant Vatican II :
"C’est pourquoi, tout d’abord, le saint Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain la voie par laquelle, en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et le bonheur dans le Christ. Cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique à laquelle le Seigneur Jésus a confié le mandat de la faire connaître à tous les hommes, lorsqu’il dit aux Apôtres : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20). Tous les hommes, d’autre part, sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et, quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles. " (D.H. n°1)
Cet important paragraphe est souvent occulté dans les réflexions théologiques relatives à D.H.
Enfin vous terminiez par cette question :
"Enfin, posons-nous ou reposons-nous une question : Qui a vraiment voulu DH ? Qui en a été le principal inspirateur ? Quel est le contexte culturel qui l'a le plus influencé ? Par quelles concessions de pure forme est-il parvenu, au Concile, à ses fins ? " (Scrutator Sapientiae)
On le sait : l'idée a été fortement appuyée par les Pères anglophones, le jésuite Courtney Murray (américain) ayant été un des inspirateurs majeurs ; Pacem in terris (1963) a joué aussi un rôle de jalon entre 1953 et 1965. La discussion sur le fondement faisait le plus débat : l'épiscopat français pesait pour la formule finale alors que les Anglo-américains visaient d'abord, avec les épiscopats des pays de l'Est, à une démarche pragmatique.
L'indifférence à la forme de l'État inculquée aux évêques français à partir de Léon XIII a pesé peu à peu et a été renforcée par Pie XI avec un épiscopat hexagonal qui est passé de la recherche d'un modus vivendi avec une IIIe République laïcarde en voie d'accommodation au régime de Vichy puis à la IVe et la Ve Républiques.
Notons que l'article 1 de la constitution de 1958 évoque un peu D.H. avec un renforcement des droits des croyants : l'épiscopat français avait revendiqué plus à l'époque disons le, avec une mention de Dieu, ce sont pourtant les mêmes qui sont à Vatican II.
Comme je l'ai déjà écrit, les Pères - leur immense majorité - n'ont pas eu à s'interroger gravement sur le fait que les revendications maximalistes du Syllabus (77-79 sans parler de l'immunité totale des clercs !) demandait un aggiornamento : voici plus d'un siècle et demi qu'on vivait dans "l'hypothèse" (Mgr Dupanloup) sans pour autant entraver l'évangélisation qui est la mission première de l'Église, pourquoi dès lors s'accrocher à revendiquer l'impossible et l'inutile ? Ce qui entravait l'évangélisation, c'était bien le laïcisme ou les ingérences des États communistes.
Impossible à des catholiques britanniques et américains qui s'étaient battus contre la religion d'État anglicane/épiscopalienne de se faire les avocats d'un tel système ... cela n'est pas sorcier à comprendre.
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