Et si les foudres subies permettent à des frères « en règle » d’obtenir par contrecoup, de la part des autorités, des gratifications pour leurs apostolats traditionnels et pour répandre cette liturgie, les peines n’auront pas été vaines.
Le drame de Crans-Montana va certainement contribuer à une meilleure prise en compte des impératifs de sécurité dans les bars et boites de nuit.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faudrait aujourd’hui remettre le feu à une autre boite de nuit pour accélérer le processus de prise de conscience.
Une hypothèse :
si Rome accordait la solution de l’Ordinariat pour les communautés attachées à la liturgie traditionnelle, avec l’intégralité des livres liturgiques anciens, et avec des évêques sacrés selon l’ancien rite, alors les derniers arguments de la FSSPX concernant « l’état de nécessité » seraient réduits en miettes.Et pourtant, même dans ce cas de figure (d’ailleurs pas improbable), je suis certain la FSSPX continuerait d’invoquer un « état de nécessité » quelconque pour évoluer en dehors de toute juridiction et de sacrer des évêques sans mandat. Cet état de nécessité est évidemment un prétexte pour pouvoir continuer à fonctionner en vase clos, dans l'entre-soi. Née comme une (saine) réaction à la crise de l’Eglise,
la FSSPX peu à peu s’installe dans une logique dans laquelle ce qui compte, c’est l’autoperpétuation, quitte à s’asseoir sur les principes ecclésiologiques les plus fondamentaux, et non plus, comme à ses débuts, le maintien des richesses liturgiques et doctrinales au profit de toute l’Eglise. Ce qui est tragique, c’est que la FSSPX, devenue un peu "la compagnie d'assurance" du monde traditionnel, a besoin de la crise de l’Eglise pour justifier son existence (de même que les assurances feraient faillite s’il n’y avait jamais aucun accident, aucun vol ou aucune catastrophe). Le pire pape pour eux depuis 1988, c’était Benoit XVI, qui leur a enlevé de la bouche un à un une grande partie de leurs arguments (d’où la critique acerbe dont ce pape a fait l’objet dans les milieux FSSPX), tandis que le meilleur scénario, c’est un pape scandaleux comme François, qui leur permet de renforcer leur autojustification. La FSSPX a donc aujourd’hui intérêt à ce que l’Eglise aille mal et que la crise perdure. Il n’y aurait pas de pire catastrophe pour elle qu’un pape parfaitement orthodoxe arrive sur le Siège de Pierre.
Ce qui rend la situation trouble, c’est que la politique des autorités romaines (restrictions de TC, délires synodaux, décisions absurdes ou scandaleuses etc) leur donne du grain à moudre et les aide à bâtir ces justifications artificielles.
Comme cela a été dit, on ne connait pas le « curseur » de l’état de l’Eglise en deçà duquel l’état de nécessité n’existerait plus.
Or il est évident qu’au vu de la gravité de la situation et des dégâts irréversibles causés par le chaos doctrinal et liturgique depuis soixante ans, la sortie de crise ne sera que très lente et progressive, avec des régressions temporaires, etc. Autrement dit, la FSSPX trouvera toujours quelque chose qui ne va pas dans l’Eglise universelle pour justifier un état de nécessité (un propos scandaleux tenu par un clerc là, une profanation d’hostie ici… ou bien tout simplement le fait que le missel de Paul VI soit toujours en vigueur). « L’Eglise conciliaire » ne sera jamais assez sainte ni assez orthodoxe, à leurs yeux, pour justifier une régularisation. Alors que la régularité canonique devrait considérée comme un point de départ, et donc être recherchée et acceptée dès lors que le minimum vital est acquis (c’est-à-dire la liturgie et les sacrements anciens, ainsi qu’une certaine liberté de parole),
la FSSPX conditionne cette régularité à un ralliement pur et simple de Rome à ses positions, ce qui n’arrivera évidemment jamais. L’état de nécessité deviendra un état permanent. Et donc, la FSSPX continuera jusqu’à la Parousie de fonctionner comme une Eglise parallèle, constituant de facto un groupe schismatique. Sans compter le fait que l’on n’a pas d’exemple historique de communauté durablement séparée de Rome qui n’ait pas finit par développer des doctrines hétérodoxes. On a déjà une amorce de ce processus avec la survalorisation de la notion de Co rédemptrice, que pourtant même l’Eglise d’avant Vatican II avait pris soin de ne pas dogmatiser et même de ne pas évoquer, comme en témoignent les documents préparatoires de Vatican II.
Si donc le schisme n’est pas encore effectif, nous y courons tout droit, c’est une évidence.
Maintenant, qui porte la responsabilité de ce désastre ? Pour moi la réponse est claire : c’est d’abord et avant tout Paul VI, qui non content d’avoir couvert de son autorité une reforme révolutionnaire, a en plus jusqu’à la fin de son pontificat totalement interdit la pratique de la liturgie traditionnelle, rendant de facto obligatoire le ralliement aux nouveautés dans ce qu’elles avaient de plus inacceptable. Alors même que dans les années 1970, Mgr Lefebvre ne demandait rien d’autre que la liberté de faire la même chose que ce que vivent les communautés ex-ED aujourd’hui, c’est-à-dire, « faire l’expérience de la Tradition ». Et quand les premiers indults sont arrivés, très progressivement à partir du début de 1984, il était déjà trop tard : le mouvement lefebvriste s’était déjà durci et radicalisé, rendant déjà toute perspective de régularisation presque impossible. Les scandales qui ont suivi (Assise, le Coran embrassé, la déclaration d’Abu Dhabi, Amoris Laetitia, Traditionis Custodes) n’auront fait que durcir et consolider l’orientation schismatique.