Réponse par Signo 2024-10-17 19:31:39 |
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1. Le "libéralisme" c'est précisément ce que chacun désigne par ce que vous nommez vous "humanisme", terme flou qui ne recouvre pas les fondements philosophiques et sociétaux qui caractérisent la Modernité. Non les humanistes comme Ignace de Loyola ou Mélanchthon ne sont pas "anthropocentristes". Pas du tout.
Je ne suis pas un spécialiste de la question mais à mon avis parler de "libéralisme" au XVIe siècle relève de l'anachronisme. Bien évidemment qu'Ignace n'est pas anthropocentriste, ce n'est pas la question. Mon propos portait sur l'esprit général qui anime les milieux intellectuels et artistiques d'une époque, et non sur tel ou tel individu. L'humanisme est évidemment un phénomène complexe et multiforme traversé par des courants divers et contradictoires. La Réforme protestante, avec son iconoclasme et son fondamentalisme théologique, est à la fois une réaction à certaines tendances paganisantes de l'humanisme et un fruit de l'humanisme. La doctrine protestante du "sola scriptura" et le rapport personnel entre le croyant et le texte biblique qu'inaugure la Réforme est impensable sans l'invention de l'imprimerie et le courant de la devotio moderna qui la précède.
L'histoire de l'art aide beaucoup dans l'identification des mutations de la pensée religieuse. Il suffit de comparer les représentations clunisiennes de la Parousie avec le Jugement dernier de Michel Ange pour s'apercevoir qu'entre les deux une mutation très profonde de la représentation du monde et du rapport au sacré a eu lieu. Et je ne dis en cela rien d'original, je crois me souvenir que dans un de ses sermons ou dans une de ses conférences Mgr Lefebvre lui-même, à propos des fresques de la chapelle Sixtine, faisait le même constat, en regrettant l'invasion de l'art religieux par un naturalisme calqué sur les modèles profanes, qui eût probablement été considéré comme sacrilège encore au XIIIe siècle (et l'est toujours aujourd'hui par bien des chrétiens Orientaux, dont le modèle spirituel et théologique est resté proche de ce qu'il était en Occident jusqu'aux XIe-XIIe siècles). De même que pour comprendre le fossé qui sépare la royauté traditionnelle de la royauté moderne, il suffit de comparer ce qu'elle était sous saint Louis avec ce qu'elle est devenue sous Louis XIV...
Il n'y a aucune "inflexion" qui ne s'incarne pas dans des lois, des structures. Le curé Meslier athée et son journal ne sont aucunement une "inflexion" du réel.
Vous assimilez des idées, ultra minoritaires, avec une "inflexion".
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 c'est une inflexion car elle est visible.
Bien sûr que les inflexions s'incarnent dans des lois et des structures. Mais ça ne se fait pas du jour au lendemain: c'est un processus long et complexe, sans fatalité d'ailleurs, qui s'étale sur plusieurs siècles. La Révolution et les DDH de 89 ne sont pas directement tombés du ciel: ils sont le fruit direct des Lumières, qui elles-mêmes sont l'aboutissement de tout un processus dont les origines remontent indirectement, à mon avis, dans l'humanisme de la Renaissance qui opère la transition (imperceptible pour les contemporains puisqu'on est dans le temps long) entre le monde de la Chrétienté médiévale et la Modernité politique et religieuse. Bien évidemment, ces inflexions peuvent demeurer cantonnés à des cercles intellectuels minoritaires pendant très longtemps, mais ce sont toujours les minorités pensantes qui provoquent les mutations sociales. Les découvertes scientifiques (Copernic et Galilée) ont accru et orienté le processus de mutation des représentations collectives.
En quoi faut-il abandonner la notion de catéchisme là ???
Au demeurant, il y avait une instruction antérieure avec des guides pour les curés : c'était juste plus rudimentaire, les 10 commandements, les principales prières ...
Non seulement je ne condamne pas la notion de catéchisme, mais je pense évidemment qu'il est impératif dans le contexte actuel de les maintenir. J'attirais simplement l'attention sur le fait que le catéchisme inaugure une nouvelle manière de transmettre la foi, plus scolaire (donc peut-être plus rébarbative), plus littéraliste aussi, dans le sens où il oblige à enfermer une doctrine à la fois riche, souple, large, complexe, multiforme, dans une série de formules simplistes et uniformes, sous formes de questions réponses, entraînant inévitablement une rigidification doctrinale, un certain rationalisme, et parfois même un appauvrissement théologique. Mon propos visait à nous permettre de prendre du recul sur certaines réalités ecclésiales et sur une certaine manière d'envisager la foi. Ce constat n'en rend pas moins le principe d'un catéchisme indispensable dans le contexte concret dans lequel nous sommes.
L'absolutisme papal n'existe pas avant la fin du XIXe. Il ne résulte en rien du concile de Trente, concile très épiscopal comme les historiens le soulignent aujourd'hui. Le mouvement intransigeant/ultramontain se développe uniquement avec le choc révolutionnaire, là encore que vous escamotez.
Je n'ai jamais dit que l'absolutisme papal était tridentin au sens strict. J'ai bien conscience que Trente et ses conséquences immédiates ont été largement le fait des évêques. Vous et Peregrinus m'avez mal lu sur ce point. J'ai dit que l'absolutisme papal était la clé de voûte, c'est à dire le couronnement final, à la fois d'un modèle ecclésial et d'un processus qui abouti à l'apparition de ce modèle.
Et je n'ai jamais dit que le choc révolutionnaire n'avait joué aucun rôle, bien évidemment que la Révolution a été un événement décisif dans ce processus!
Ce qui garde toute sa valeur, ce sont les données doctrinales de Trente et Vatican I, bien évidemment. Ce qui ne relève aucunement de votre chronologie, c'est le catholicisme intransigeant et intégral qui réfute le libéralisme réel (pas les rêves de X ou Y en 1560), libéralisme extrême à visage totalitaire auquel nous faisons face hic et nunc.
Il ne s'agit évidemment pas de remettre en cause ce qui dans Trente et Vatican I relève du dogmatique. Même sur le plan pastoral de nombreuses innovations tridentines conservent pleinement leur pertinence et leur actualité aujourd'hui. Mais si vous considérez que le catholicisme intransigeant et intégral du XIXe siècle est LA bonne réponse pour faire face aux défis d'aujourd'hui, vous vous exposez à de cruelles déconvenues; précisément parce que l'absolutisme papal est la clé de voûte de cet intransigeantisme. Absolutisme papal, c'est à dire l'idée selon laquelle le pape dispose d'un pouvoir absolu sur toute réalité de la vie de l'Eglise, qu'il est en droit d'exiger une obéissance absolue de tous les catholiques, sous peine de péché mortel, qu'il ne se trompe jamais y compris dans son enseignement ordinaire (ce qui inclut les tweets, les interview dans les avions, les déclarations improvisées..., eh oui, car Vatican I ne précise pas les limites ou même le support de cet enseignement). Donc vous ne pouvez pas à la fois prétendre combattre l'absolutisme papal, et dans le même temps considérer l'intransigeantisme du XIXe siècle comme la bonne réponse aux défis actuels, pour la simple et bonne raison que ces deux réalités sont tellement étroitement liées (et vous le savez très bien) qu'elles sont en réalité une seule et même chose. C'est à mon avis toute la contradiction de la FSSPX qui prétend défendre la Tradition tout en promouvant en même temps une ecclésiologie papolâtre qui permet la destruction de cette même Tradition... La réforme liturgique telle qu'elle s'est réalisée en 1969 eût été impensable durant le premier millénaire, et même jusqu'à la première moitié du XIXe siècle. Or déjà la réforme proto-bugniniste du bréviaire de 1911 préfigurait celle de 1969.
Aujourd'hui encore une réforme d'une ampleur aussi radicale serait non seulement impossible dans le monde orthodoxe, mais tout simplement impensable. Dîtes vous bien que la réforme liturgique dans l'orthodoxie russe du Raskol, au XVIIe siècle, d'une ampleur et d'une radicalité très nettement inférieures à la réforme latine de 1969, a abouti à un schisme, dans la seule Russie de l'époque, de plusieurs millions de croyants, c'est à dire bien plus que la totalité des fidèles traditionalistes dans la totalité du monde catholique actuel...
Si vous voulez nier le fait que ce modèle ultracentralisateur n'a plus aucun sens dans un monde qui s'achemine lentement mais sûrement vers la démondialisation, le retour du local, des communautés réelles, libre à vous, mais je vous souhaite bonne chance avec le pape actuel et probablement ses successeurs immédiats... qui eux ne croient plus à ce modèle, mais ne se priveront pas d'utiliser les pouvoirs que ce système leur a laissé pour vous arracher des mains le pain qui vous fait vivre!
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