Analyse typique de l’intellectualisme boomer… par Signo 2024-10-11 23:06:40 |
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… qui mêle allègrement quelques analyses justes avec une accumulation de clichés, voire de caricatures grossières dont certaines sont réellement indignes d’un intellectuel.
Concernant l’analyse du mouvement traditionaliste français, il a raison de pointer la focalisation d’une grande partie du mouvement traditionaliste séculier actuel sur le concile de Trente et le modèle du catholicisme intransigeant du XIXe siècle. C’est je pense l’une des grandes faiblesses du traditionalisme actuel: réduire la théologie, l’ecclésiologie, la compréhension de la liturgie à ce qu’elles sont devenues durant les cinq derniers siècles, et surtout entre 1815 et 1950, ce n’est pas revenir à la Tradition, c’est simplement se raccrocher à un stade moderne et récent de l’histoire de l’Eglise (et qui comportait déjà certaines déviations ecclésiales, comme la papolâtrie), qui a préparé et provoqué en réaction la rupture moderniste.
Mais pour le reste, Olivier Roy accumule les clichés et les caricatures, révélant une pensée en décalage profond avec la société actuelle.
On ne voit pas bien en quoi faire référence à l’identité chrétienne de la France (qui est une réalité historique indéniable) serait un comportement à dénoncer en soi. Qu’on le veuille ou non, l’homme est un animal identitaire: il a besoin de savoir qui il est, d’où il vient et où il va. Simone Weil (qui n’est pas précisément une idéologue d’extrême-droite) le disait déjà en son temps: l’enracinement dans un terroir, une culture, une famille, une identité forte est un besoin anthropologique fondamental. Il n’y a guère que les intellectuels progressistes de salon pour le nier. La société actuelle est une société du vide identitaire. L’effondrement culturel que nous avons connu ces cinquante dernières années est un phénomène anormal et à mon avis inédit dans l’histoire humaine. Reconnecter la jeunesse avec son histoire et son passé, sans tomber dans un folklorisme artificiel en carton-pâte (ce qui effectivement constitue un risque) est un besoin urgent si on ne veut pas voir apparaître des réactions identitaires bien plus caricaturales et extrêmes…
Olivier Roy verse dans la caricature lorsqu’il prête aux traditionalistes ce discours: «Parce que la société nous rejette, nous devons vivre entre nous, dans des communautés séparées, et soit vous êtes dedans, soit vous êtes dehors.» En réalité dans les paroisses traditionalistes personne ne tient ce genre de discours.
Même s’il peut y avoir des phénomènes d’entre-soi dans certains milieux marqués sociologiquement, en réalité les paroisses traditionalistes sont, pour ce que j’en ai vu, des communautés ouvertes sur la société et attractives. Le problème est que pour l’intellectuel progressiste, « ouvert » veut nécessairement dire « se dissoudre dans la société et épouser les valeurs dominantes ». L’ouverture et la dissolution sont pourtant deux attitudes bien différentes. Être ouvert suppose de rester fidèle à ce que l’on est dans une continuité historique avec un héritage. Cela suppose aussi de rester ferme dans ses convictions. Et c’est précisément à cette condition que l’on devient attractif…
L’afflux de conversions, de demandes de baptêmes de la part d’un nombre croissant de jeunes, et plus généralement l’intérêt que la jeunesse porte à la liturgie traditionnelle contredit frontalement cette description caricaturale. A cela s’ajoute le fait que le clergé traditionaliste, malgré tout ses défauts et les limites du modèle tridentin qu’il représente, parvient mieux à s’adresser aux jeunes générations que le clergé plus progressiste.
Enfin, lorsque Olivier Roy écrit que « Le christianisme identitaire est donc dans un échec total, parce qu’il n’arrive pas à relayer ses idées au niveau politique et qu’il est de plus en plus en contradiction avec la société », la première affirmation sur l’impossibilité de trouver un débouché politique est vraie, mais la deuxième (qui associe le fait d’être en contradiction avec la société comme étant en soi un échec) est une ineptie totale.
Heureusement que les premiers chrétiens, dont les « valeurs » étaient en contradiction frontale avec les valeurs dominantes du monde gréco-romain, n’ont jamais adhéré à ce genre de discours…
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