Deux problèmes par Peregrinus 2024-10-17 15:49:10 |
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Comme souvent, les fronts que vous ouvrez sont trop nombreux et trop divers pour qu’il soit possible de vous répondre rigoureusement en peu de mots, et même de vous répondre tout court à moins d’y passer des heures et d’y consacrer des dizaines de pages. Faute d’en avoir le loisir, je me contenterai de mettre en évidence les deux problèmes fondamentaux de méthode qui grèvent selon moi vos réflexions, en vous priant par avance de bien vouloir m’excuser de ce que mes considérations peuvent avoir d’un peu cuistre.
Le premier problème est celui, épineux, des filiations intellectuelles, doctrinales, spirituelles, qu’il n’est pas toujours facile d’établir historiquement, ce qui impose beaucoup de prudence dans le jugement. Les textes, c’est inévitable, sont lus, interprétés, réinterprétés et même utilisés selon les besoins, les préoccupations, les sensibilités de chaque époque. C’est pourquoi certaines filiations intellectuelles peuvent s’accommoder d’infléchissements plus ou moins considérables, voire de ruptures partielles. C’est ce qui rend hasardeux certains grands tableaux qu’on veut parfois brosser : certains rapports qu’on établit d’une époque à l’autre sont abusifs parce qu’ils conduisent à reporter téléologiquement sur l’ensemble d’une tradition intellectuelle une rupture parfois très tardive.
Le second problème tient à la manière dont vous concevez les systèmes. Il me semble que les systèmes comportent en général plusieurs pôles dont la tension confère au système son dynamisme propre. C’est particulièrement vrai du système tridentin, nullement réductible à un absolutisme pontifical : le système met en relation une papauté réaffirmée, mais aussi des Églises nationales sous la direction de leurs puissants épiscopats et enfin les princes chrétiens qui en forment l’élément laïc. C’est parce que les princes chrétiens ont cessé de l’être, ou ont été brutalement concurrencés par des forces nouvelles, et parce que les épiscopaux nationaux ne trouvaient pas en eux-mêmes les ressources nécessaires pour faire face à la terrible rupture révolutionnaire, que la papauté, bien mal en point à la veille de la Révolution, a rétabli sa position dans l’Église universelle pour en défendre l’indépendance et lui permettre de continuer à remplir sa mission au service de Dieu et des âmes dans un contexte radicalement transformé : par-delà les outrances ultramontaines, que je déteste personnellement autant que vous, et les méfaits d’une excessive centralisation romaine, c’était très probablement nécessaire.
C’est du reste Vatican II qui a parachevé le système d’absolutisme en dévitalisant l’épiscopat par la collégialité et en évinçant paradoxalement l’élément laïc par la liberté religieuse en aboutissant à la rupture des Concordats qui associaient à la vie de l’Église les États restés catholiques. Il ne faut pas projeter de manière univoque sur l’Église d’avant le Concile les déviations postérieures : les choses auraient très bien pu prendre une direction très différente.
Peregrinus
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