offertoire et Kabbale Juive par Réginald 2025-09-09 20:31:23 |
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Je reviens brièvement sur votre post qui affirme que l’offertoire serait « inacceptable » parce qu’il viendrait de la Kabbale. Je me permets de m’inscrire en faux contre cette affirmation, qui repose sur une confusion et entretient une polémique inutile.
1. Une confusion historique
Vous confondez Kabbale et tradition juive. La Kabbale est un courant mystique apparu au Moyen Âge (XIIe et XIIIe siècle), sans rapport avec les bénédictions liturgiques. Les prières de l’offertoire s’inspirent au contraire de bénédictions très anciennes, déjà récitées à l’époque du Christ.
2. La liturgie chrétienne assume son enracinement biblique
Depuis toujours, la liturgie de l’Église reprend des prières juives : les psaumes dans le bréviaire en sont l’exemple le plus évident.
3. Une structure reprise, mais totalement réélaborée
Il est vrai que l’offertoire du Missel de Paul VI emprunte la forme d’une berakha juive, mais il la retravaille en profondeur dans un sens chrétien. Le résultat peut sembler moins expressif que l’ancien offertoire, mais il n’a rien d’hétérodoxe.
• Prière juive (Hamotzi) :
בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ
Baruch ata Adonai Eloheinu melech ha’olam hamotzi lechem min ha’aretz.
« Béni sois-Tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’univers, qui fais sortir le pain de la terre. »
• Offertoire du Novus Ordo :
Benedictus es, Domine, Deus universi, quia de tua largitate accepimus panem, quem tibi offerimus, fructum terrae et operis manuum hominum, qui nobis fiet panis vitae.
« Béni sois-Tu, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta largesse ce pain que nous t’offrons, fruit de la terre et du travail des hommes : il deviendra pour nous le pain de vie. »
Différences décisives :
• Deus universi paraît plus abstrait et conceptuel. Ce n’est pas une trouvaille particulièrement heureuse. On aurait pu choisir, par exemple, Deus Sabaoth ou Creator caeli et terrae, formules à la fois plus bibliques, plus liturgiques et mieux enracinées dans la tradition.
• De tua largitate accepimus introduit une dimension de grâce et de don gratuit, totalement absente de la bénédiction juive.
• Quem tibi offerimus exprime l’idée d’offrande, inexistante dans la berakha, qui n’est qu’une bénédiction de consommation. Ici s’introduit déjà une véritable oblation cultuelle.
On remarque ainsi un double mouvement : ce que nous recevons, nous le rendons. C’est la logique même du sacrifice. Dans l’Église ancienne, cette oblation se concrétisait par la procession des offrandes : les fidèles apportaient eux-mêmes le pain et le vin, soustraits à leur usage ordinaire pour être consacrés à Dieu. Dès la fin du IIᵉ siècle, avec saint Irénée, apparaît une vision positive de la matière : la création devient support du salut. Comme l’a montré J. Jungmann :
« Le mouvement vers Dieu par lequel sont offerts le corps et le sang du Seigneur commence aussi à se communiquer aux offrandes matérielles ; ces offrandes prennent place dans l’action liturgique. »
• Enfin, l’expression panis vitae renvoie directement au Christ eucharistique (Jean 6, 22-71 : discours du pain de vie ). Comme je l'ai écrit, j'aurais préféré une mention plus explicite au Corps du Christ.
La structure de l’offertoire reprend bien le schéma d’une bénédiction juive, mais elle est totalement christianisée : grâce, offrande, oblation et orientation eucharistique. Il est donc absurde d’y voir une « kabbale cachée » : il s’agit au contraire d’une reprise biblique assumée et transfigurée pour exprimer le sens sacrificiel de l’Eucharistie.
Il va de soi que l’on n’aurait rien dû changer. Le problème n’est pas dogmatique (le nouvel offertoire est théologiquement recevable), mais historique, symbolique et ecclésial : on a rompu avec un bijou liturgique plusieurs fois séculaire, et l’on a donné à croire que la tradition pouvait être remplacée par une fabrication ex nihilo. »
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