En archéologie, pour ceux qui ont pratiqué et qui pratiquent, par JVJ 2022-11-11 14:18:49 |
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le bizutage obligatoire passe par la découverte de deux trous de poteaux ou de deux colonnes... alignées.
Ceux qui pratiquent les images (manuscrits, fresques, peintures, sculpture etc) savent qu'une enluminure n'a jamais eu pour prétention de refléter un instantané ou quoi que ce soit de "réel".
Une peinture du XIVe s. peut représenter plusieurs moments fondus ensemble.
Si une xylographie montre une mitre sur la tête de st Benoît au XVe s., cela ne signifie pas que celui-ci avait une mitre... Cela montre au mieux que l'auteur de la planche pensait qu'à l'époque de Benoît, un auteur de règle si éminent avait nécessairement une mitre. Au Puy du Fou, il faut voir la grosse mitre de saint Philibert... par ailleurs particulièrement ridicule et comique.
Les tableaux modernes représentent souvent st Bruno avec une mitre à ses pieds pour montrer qu'il refuse l'épiscopat. Vers 1100, très peu d'évêques usaient de le mitre, et les papes au siècle suivant donneront le privilège de l'usage de la mitre dite romaine. Allô la messe de saint Pie V romaine ? Je suis la preuve vivante que Rome est à peu près tout pour un catholique français... Même si un ami prêtre m'a dit, loco citato, que Jérusalem devrait prévaloir... A ceci près qu'il étudie à Rome, pas l'Ecole biblique de Jérusalem...
Si Jérusalem était tant, on irait même à pieds comme au bon vieux temps traditionnel...
Pardonnez, cher Marchenoir, mais l'iconographie est une discipline en soi, qu'il faut décliner selon les supports par des dizaines d'années de pratique. Je dénie à peu près à toute personne qui ne lit pas des sceaux depuis vingt ans (et chaque jour ou presque...) de m'expliquer ce qu'il faut voir ou pas sur un sceau... et encore, je ne connais rien aux sceaux byzantins, polonais...
Le sceau de Pierre le Vénérable ne portait toujours pas d'effigie mitrée, et pourtant Urbain II avait donné, pour des fêtes bien précises, l'usage de la mitre à l'abbé de Cluny.
Or l'absence n'indique pas que lesdits abbés n'en usaient pas.
On ne faisait pas la course à la mitre par ailleurs à cette époque.
Et il y a plusieurs types de mitres...
Je ne peux pas tout lire et dans toutes les langues, mais je crois qu'on en qu'au début pour périodiser et localiser. Votre serviteur a rédigé un texte à paraître bientôt sur l'usage de la mitre chez les abbés en Occident avant 1300. Rien que cela. Si un autre m'avait promis pareil texte, j'aurais dit qu'il est bien prétentieux et truand sur les bords.
Alors vos trous sur le linceul de Turin peuvent venir d'un pliage ou de je ne sais quoi.
Et le suaire de Turin peut avoir imité un autre, je ne sais et je me méfie du scientisme dans l'art (mettons le suaire dans la catégorie de l'artefact).
Si vous me montrez un authentique mérovingien au nom de tel saint, je sais qu'on peut à près dater la chose. Mais de là à savoir de manière objective et froide que telle abbaye avait mordicus le morceau dudit saint...
Donnez le saint-suaire à Philippe Charlier, par exemple.
Mais par respect pour cette relique, je ne souhaite pas qu'elle soit examinée sous toutes les coutures. Pas plus que le voile-chemise de la Vierge à Chartres (vous remercierez l'Etat qui a commandé un nouveau reliquaire et qui a reconditionné la chose, et vous ne direz pas merci à l'Eglise qui processionne avec la relique en plein soleil derrière le verre et qui, rien qu'au XXe s., l'avait pliée de diverses façons, quitte à l'abimer... quand je dis l'Etat... mes amis comprendront).
Les légitismites et tradis qui se faisaient mousser d'avoir vu utilisée la chasuble du sacre d'Henri IV (chasuble que j'ai pu toucher sans aucun problème, sans l'abimer... sans en faire une photo aux amis...)... tout en louant ce prince protestant qui sentait l'ail et le fagot, en donnant une claque à la Ligue et au cardinal de Bourbon Charles X (alors qu'ils jouent aux puristes de nos jours)...
et surtout, alors que rien ne prouve que le galon a été utilisé au sacre (pseudo-sacre...).
Bref...
J'avoue appartenir à la catégorie hypercritique en archéologie comme en histoire en général.
Quand on me présente les prisons Mamertines, je prends note de ce que l'on me dit, surtout si c'est un prêtre esthète qui me le dit in situ. Mais de là à me dire que les murs tels que je les vois ont vu, et Vercingétorix, et st Pierre, et tel saint pape. Je me dis que c'est possible, qu'on l'a cru (à partir de quand ?), que d'autres auteurs disent que pour le Prince des apôtres, c'est discutable...
mais je sais aussi que des chrétiens, depuis des siècles, le pensent. Et cela me va aussi.
Je crains que certains tradis ne me présentent un jour des écailles du Graoully de Metz...
Le très affable Petitfils n'a aucun droit à faire la biographie du Christ, faute de maîtriser les langues des sources. Et pour un catholique, c'est quelque peu dangereux. Pour un tradi pur et dur, seul un clerc peut répéter ce qui a déjà été écrit, après l'imprimature (mais de quel imprimatur aujourd'hui ?)
On ne fait pas de patrologie en utilisant uniquement des traductions.
Je ne sais pas jouer des orgues, à mon grand regret : mais je ne me ferai pas filmer en faisant mine de jouer, avec une bande-son derrière. Or il y a bien trop de gens qui écrivent en Histoire avec ce genre de méthode... Ils troquent même les orgues pour le pipeau ou les violons.
Ecrirai-je un jour sur le Japon ou sur Byzance au XIe s. ? Certainement pas.
Le fruit défendu était une pomme rouge, puisque je l'ai vu dans telle fresque.
Et les problèmes de traduction des couleurs dans la bible...
Lisez le grand Pastoureau pour relativiser tout cela et prendre des distances critiques avec l'iconographie. Ce que vous voyez sur des peintures ou des enluminres ne sont pas nécessairement ce qui a été (heureusement que les carolingiens ont maintenu l'iconophilie de notre civilisation, contrairement à d'autres beaucoup plus folles...).
Si Vox me dément dans ce texte écrit vite et sans relecture, je suis prêt à m'amender.
J'ai lu récemment d'un universitaire médiéviste que la couronne de tel roi au portail Ste-Anne de ND de Paris présentait des lys.
Ce disciple de Thomas croit ce qu'il voit.
Sauf qu'en sculpture, cet éminent chercheur sait qu'il faut voir la pierre de près et voir les réfections médiévales, modernes et contemporaines.
Les lys ont une histoire et il faut attendre la fin du XIIe s. pour les voir apparaître dans l'emblématique royale en France.
Le premier qui me dit que la Vierge portait déjà un lys devant Gabriel et qu'il l'a vu sur un manuscrit du XIe s. ... Je l'envoie à Charenton !
Il y aura des évêques et des cardinaux en Enfer, CAR je l'ai vu sur des fresques. CQFD.
A ceci près, qu'avant 1245, vous n'auriez pu voir un homme nu avec un chapeau rouge (éventuellement à glands, sic) sur une fresque...
Donc les cardinaux n'allaient pas en enfer avant 1245 ?
Mon peintre préféré avec Weyden.
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