Le culte des "suaires du Christ" par JVJ 2022-11-08 15:14:36 |
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Je ne suis pas payé par la CEF pour faire diversion, ni par la CDF composée de cardinaux qui doivent juger de la moralité des évêques...
Résumé de la thèse (novembre 2021) de Nicolas Sarzeaud (CIHAM, U. de Lyon) qui travaille à son édition, après les remarques de son jury, à partir de sources écrites, sans doigt mouillé.
Au XIVe siècle, une « représentation du Suaire du Christ » apparaît en Champagne : si l’image s’inscrit dans la tradition des empreintes du Christ imprimées dans des linges, cette désignation interroge. Où se trouve ce Suaire, présenté au singulier comme s’il n’y en avait qu’un seul, mais dont, au même moment, plus d’une centaine de sanctuaires revendiquent posséder des reliques ? Pendant ce siècle en particulier, plusieurs nouveaux Suaires s’affirment dans le Midi de la France, occasionnant un procès entre deux d’entre eux, Toulouse et Carcassonne, en 1402.
Comment s’articulent l’unicité idéale du Suaire du Christ, que travaillent les textes et les images, et la multiplicité des reliques du Suaire ? L’exemplaire champenois, transféré à Chambéry en 1453, devient une relique de la Passion, dont les images se multiplient sur l’axe Flandres-Alpes au début du XVIe siècle ; parmi elles, plusieurs se présentent comme des images faites « à la remembrance du Suaire du Christ », ou, dit autrement, des fac-similés. La pratique de vénérer une image à travers une reproduction fidèle témoigne de l’importance croissante accordée à la singularité de ces images-reliques, mais certaines reproductions, comme le Suaire de Besançon, s’émancipent et sont montrées elles aussi comme d’authentiques reliques de la Passion. Peut-on être à la fois une copie et une relique ? Quelles relations entretiennent ces cultes jumeaux ? Comment cette économie inflationniste des Suaires évolue-t-elle au moment où se met en place un régime de singularité des images, mais où se développe aussi la Réforme ?
En effet, les Suaires prospèrent dans des espaces géographiques où se développent le protestantisme, s’attaquant aux reliques et à leur multiplicité jugée invraisemblable. Les Suaires triomphent à l’époque tridentine, avec des dizaines de copies diffusées dans les réseaux des ducs de Savoie et des Habsbourg, mais qui, dès lors, ne deviennent plus des reliques. Cette étude porte sur les conditions d’existence d’une image-relique ubiquitaire, entre le XIVe siècle et le XVIe siècle, c’est-à-dire entre l’apparition des premiers cas de fac-similés et la mise en ordre de cette pratique après le concile de Trente : nous voulons utiliser le cas du Suaire du Christ pour mettre en évidence une mutation de la reproductibilité des images-reliques entre la fin du Moyen Âge et la première Modernité.
Et ici le compte-rendu paru dans la très sérieuse Revue d'Histoire Ecclésiastique (U. catholique de Louvain) d'une étude récente sur le saint-suaire de Besançon.
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J'avoue avoir traversé Turin la semaine dernière sans prendre le temps de m'arrêter, mais comme tous les défenseurs de l'authenticité du tissu, j'ai déjà passé quelque temps à Lirey et dans la collégiale St-Hippolyte (un trou gelé et sombre pour une relique de la Passion pareille...).
Je me contente bêtement des Evangiles et du Credo pour croire que le Christ est ressuscité.
Du moment qu'il y a eu culte de mes prédécesseurs sur plusieurs siècles, je respecte, mais je ne peux raconter ex abrupto que l'abbaye de Vendôme possédait une sainte Larme de source sûre, comme je ne saurais défendre l'authenticité individuelle de chacun des saints Prépuces (pourquoi une majuscule ?) recensés rien qu'en France et en Italie... Il y a tout de même de quoi être gêné si l'on use deux minutes de sa raison.
"Le" saint Prépuce se trouvait, évidemment, à l'abbaye chartraine de Coulombs, autre trou que nous devons être fort peu nombreux sur le FC à connaître in situ et dans ses archives, aussi bien que Vendôme malgré la beauté de son site...
Le musée de Cluny expose un reliquaire du saint Nombril. 
Il sera bien que la stagiaire qui a rédigé cette notice en ligne corrige le premier adjectif...
"Celle-ci, l'une des « reliques indiscrètes » du Christ, était particulièrement vénérée en lien avec la maternité. Au 18e siècle, l’évêque de Châlons ayant fait ouvrir le reliquaire, y trouva seulement quelques morceaux d'étoffe et de pierre. C'est pourquoi l'objet précieux fut relégué dans la sacristie, puis vendu".
En bonne méthode, je veux la source ou l'article sourcé qui raconte la mise au rebus du reliquaire par un évêque du XVIIIe s.
Vive l'abbé Thiers !
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