Vous écrivez :
Ainsi, si le Pape a bien permis en 1950 qu'une libre disputation soit faite sur ces questions, cela n'a pas pu être pour permettre aux catholiques d'épouser des thèses transformistes (ce serait le comble), mais bien entendu pour mieux les combattre en disputant avec leurs fauteurs.
Or je lis dans Humani Generis :
C'est pourquoi le magistère de l'Eglise n'interdit pas que la doctrine de l' " évolution ", dans la mesure où elle recherche l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante - car la foi catholique nous ordonne de maintenir la création immédiate des âmes par Dieu - soit l'objet, dans l'état actuel des sciences et de la théologie d'enquêtes et de débats entre les savants de l'un et de l'autre partis etc.
Ainsi, Pie XII dit qu’épouser des thèses transformistes au sens de l’origine du corps humain « à partir d'une matière déjà existante et vivante » est bel et bien licite.
Non, il ne dit pas ça.
Il a peut-être pensé pouvoir le dire, ou laissé entendre ou permis qu'on pût interpréter ainsi ses paroles, et beaucoup l'ont fait, mais tout ce qu'il dit est que les chercheurs et savants catholiques peuvent désormais (ce qui n'était pas le cas avant) librement disputer de cette question avec leur contrepartie.
Mais cela ne veut pas dire qu'il est désormais permis d'affirmer mine de rien qu'une
sententia certa en théologie peut devenir
sententia incerta ou
sententia minus certa.
Par ailleurs, le Pape explicite clairement que la discussion doit se faire :
à cette condition que tous soient prêts à se soumettre au jugement de l'Eglise à qui le mandat a été confié par le Christ d'interpréter avec autorité les Saintes Ecritures et de protéger les dogmes de la foi.
Cela implique qu'il n'est pas permis de s'écarter des notes théologiques concernant ces questions, surtout quand elles sont attribuées et fixées de façon constante depuis au moins un siècle et demi (ces questions ne se posaient pas avant) et souvent reprises par le Magistère quand il a été amené à se prononcer (ce qui est loin d'être le cas pour toute question de ce type).
Mais je vous le concède :
Humani generis est ambigu et exigerait une clarification sur ce point.
Ce document, qu'on a célébré à tort comme le fer de lance contre la nouvelle théologie, est par ailleurs resté lettre morte pour la plus grande partie. Contrairement à
Pascendi, p.ex.,
Humani generis n'a pas été suivi, à dessein ou par faiblesse, Dieu le sait, de mesures disciplinaires et d'un nettoyage de grande envergure qui s'imposait en 1950 bien plus qu'en 1907. Au contraire, depuis les années 40 le Pape a laissé pulluler sous son nez toute sorte de théologiens douteux dans les académies romaines, au Biblicum, à la Grégorienne, ailleurs, pratiquement sans intervenir. Le "succès" généralisé du modernisme 15 ans après
Humani generis ne saurait s'expliquer que par un processus avancé de pourriture intellectuelle ; au moins deux générations de prêtres, devenant évêques, étaient passées par là.
Hinc illae lacrimae.Il faut voir les réalités en face et se défaire d'un angélisme indû vis-à-vis de ce pontificat.