Que la vie humaine soit apparue à plusieurs endroits en même temps ? Je vous l'accorde, puisque cela va à l'encontre du Dogme de l'unité du genre humain.
C'est effectivement une hérésie.
La descendance de toute l'humanité actuelle de nos premiers parents, donc d'un seul couple, est, en langage technique,
de fide divina et catholica, au moins
implicite definita.
Que l'homme descende du singe ? Rien ne vous prouve que ce soit faux, ni la science, ni le dogme. Pour ce qui est du dogme, rien n'empêchait le Bon Dieu de créer immédiatement l'âme humaine dans... un quelconque descendant de singe pour obtenir Adam.
C'est au moins, dans l'état actuel de la définition du dogme (voir plus bas), téméraire et faux, mais si l'on prend les paroles des sources de la Révélation dans leur sens obvie, et notamment pour le corps d'Ève, c'est au moins une erreur dans la foi (
error in fide).
Comme on l'a relevé ici, l'animal (tout comme le végétal) a une âme, certes corruptible (cf. II-II, 164, 1, 2), qui est végétative ou nutritive et qui l'informe.
Or, il ne saurait y avoir deux âmes dans un être, en tant que sa forme, l'une mortelle, animale, l'autre immortelle, humaine, qui s'y superposerait (c'est une hérésie). Comparez I, q. 76, a. 3.
Si l'on envisage donc par hypothèse (ce qui est par ailleurs une absurdité philosophique) cet état de fait, il faut
- soit postuler que Dieu ait anéanti d'abord l'âme animale, donc tué l'animal, pour créer l'âme intellective et immortelle et l'insuffler dans la matière, désormais inerte, morte, de l'animal, pour l'informer et en faire l'homme à Son image. C'est évidemment absurde, car incongru, superflu et inutile comme démarche (et donc impensable en Dieu) : dans ce cas on reviendrait en fin de compte comme point de départ au
limus terrae inanimé du récit de la Genèse, donc à quoi bon ces pirouettes ? ;
- soit il faut postuler que Dieu ait plutôt transformé l'âme animale préexistante dans ce beau singe à l'état de la nature parfaite, en âme humaine immortelle, pour en faire l'homme, mais c'est une hérésie, puisque dans ce cas l'âme n'a pas été créée
ex nihilo pour être associée comme forme substantielle à sa matière, d'abord informe, pour l'informer. Or c'est de foi que chaque âme est créée
ex nihilo, et non pas une transformation de quelque substance antérieure et qu'elle est associée au corps comme sa forme et constituant avec lui une seule nature.
Ainsi, si le Pape a bien permis en 1950 qu'une libre disputation soit faite sur ces questions, cela n'a pas pu être pour permettre aux catholiques d'épouser des thèses transformistes (ce serait le comble), mais
bien entendu pour mieux les combattre en disputant avec leurs fauteurs.
Il est vrai que beaucoup d'exégètes et théologiens, déjà modernistes à plusieurs égards de la doctrine (le rôle néfaste du P. Bea comme mauvais esprit du Pape doit ici être relevé) ont attendu ce qu'ils ont interprété comme un feu vert (et il est vrai qu'on peut l'interpréter comme ça, un jour le Magistère devra préciser la portée de ce point), pour ouvertement attaquer le dépôt de la Foi en cette matière.
Évidemment, sous cet angle,
Humani generis fut d'une imprudence impardonnable (pas la première ni la dernière du pape Pie XII hélas, que ce soit en questions liturgiques, bibliques ou politiques : ample matière pour un éventuel, mais peu probable,
Defensor fidei), et au lieu d'entrouvrir timidement une porte, il eût sûrement fallu la claquer avec fracas, comme l'aurait fait un Saint Pie X, et la boucler de façon définitive, en reprenant par exemple pour son compte la formulation de la définition dogmatique que le Concile du Vatican avait préparée, mais qui avait été laissée de côté (
Schema Constitutionis dogmaticae de doctrina catholica contra multiplices errores ex Rationalismo derivatos, c. 15,
de communi totius humani generis origine ab uno Adam) :
De ipsa vero natura hominis, quem formavit Dominus Deus de limo terrae et inspiravit in faciem eius spiraculum vitae, et factus est homo in animam viventem, docemus et declaramus, naturam hominis ex rationali anima atque ex corpore compositam constitui unam ...Soit : "Nous enseignons et déclarons concernant la nature même de l'homme, que Dieu forma du limon de la terre, (auquel) Il inspira dans son visage le souffle de la vie, et l'homme devint une âme vivante, que la nature de l'homme est constitué une, composée de l'âme rationelle et du corps.
(Le texte du schema
Apostolici muneris sollicitudo est dans la collection de Mansi, tome 50, deuxième partie, col. 60 sqq.)
Même si ce texte dans l'ampleur initiale du schema n'est pas devenu un texte magistériel (pour plusieurs raisons circonstantielles), ce qui nous importe aujourd'hui est qu'on voit bien que le Concile envisageait d'inclure le limon de la terre
inanimé dans sa définition, déclarant ainsi cet élément comme à retenir, et que par conséquent telle est et demeure sans doute aucun pour tout catholique la doctrine sûre (comparez par ailleurs la Constitution
Dei Filius, qui (plus réduite) s'en inspire et qui fut promulguée en 1870, chapitre 1, et le canon 5 très important qui s'y rapporte) et toute discussion catholique prudente et sage restera dans ces marges.
Au fond toute cette démarche qu'on observe depuis 1950 et même avant est une démarche à fausse perspective.
Pusillanime dans le meilleur des cas, hétérodoxe dans le pire.
Que fait-on ? On observe les élucubrations et acquis (provisoires ou réputés définitifs) des sciences humaines (naturelles dans notre cas, ou historiques, philologiques, ...), pour ensuite regarder ce qui dans le dogme ou la métaphysique s'y opposerait et finalement l'adapter ou s'en défaire. Ainsi le dépôt de la foi devient un réduit, toujours plus précaire. C'est la démarche moderniste, qui aboutit, Saint Pie X l'avait bien vu, en passant par un volontarisme où prime le sujet, au naturalisme, à l'agnosticisme, voire l'athéisme absolu. C'est dramatique.
Or, le point de départ pour tout catholique doit être bien évidemment exactement le contraire : d'abord et en tout (dans des questions mixtes, bien entendu, comme celle qui nous occupe, les questions relevant exclusivement du seul domaine naturel ne sauraient nous intéresser ici), on part de la théologie et de la métaphysique, pour passer ensuite aux sciences inférieures. Ce qui oppose les dernières aux premières, si on le présente comme conclusion d'une recherche scientifique (ici naturelle, mais aussi historique ou philologique : les exemples abondent), cette conclusion est forcément viciée, soit par un vice de méthode, soit par un défaut dans l'interprétation ou la sélection du matériel utilisé. Aucune conclusion vraie et avérée d'une science inférieure ne saurait être en contradiction avec le dépôt de la Foi et les principes de la métaphysique. Si elle l'est elle ne saurait être vraie et avérée, mais seulement en avoir l'air.
Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'aucun vice ni de méthode ni d'interprétation ni de sélection ne saurait se trouver dans le dépôt de la Foi et dans les principes de la saine métaphysique, tels que le Magistère les proposent, notamment le principe logique qui exige, suivant le principe inattaquable de la causalité efficiente, que le supérieur ne peut s'expliquer par l'inférieur, que le plus grand précède nécessairement le plus petit, que le plus complet ne saurait être produit par le moins complet, ni le plus parfait par le moins parfait, et que l'ordre des choses exige une première cause intelligente qui intervient dans cet ordre logique
et pas inversément.