L'intelligence occidentale est encore plus perturbée que je pensais ! par Paterculus 2018-11-20 18:18:49 |
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Merci, cher Vincent F, pour votre implication dans ce débat.
Effectivement, je mets en équivalence le fait d'user de moyens contraceptifs et de dire : "Je t'aime, mais les enfants qui pourraient venir de toi et te ressembler, je n'en veux pas".
Pourquoi faut-il donc préciser que recourir aux périodes infécondes ne revient pas à dire ou penser cela, puisque justement dans ces périodes les enfants ne peuvent pas "venir".
Bien sûr, et je remercie Meneau de l'avoir si bien exposé, le refus absolu d'avoir des enfants, fût-ce en recourant toujours aux périodes infécondes, est moralement inacceptable. C'est même au point que la volonté de ne pas avoir d'enfant rend le mariage invalide.
Ce que je constate, c'est que Turlure ne comprend pas que l'homme est un être à part dans la nature. Bricoler sa fécondité n'est en rien comparable à faire cuire de la viande. Quand le Créateur dit "Emplissez la terre et soumettez-la", quand Il soumet les animaux à l'homme, il ne dit pas à l'homme de disposer de lui-même.
De plus, il semble ne pas voir la différence entre le naturel et l'artificiel : celui-ci commence en effet dés qu'il y a "artifice", c'est à dire action de l'homme.
Je constate aussi que les arguments symboliques que j'ai exposé sont ignorés par ceux qui me répondent : manifestement ils ne les comprennent pas, or tout l'ordre sacramentel est éminemment symbolique. Car il existe des symbolismes de comportement : quand Jésus se fait baptiser, en descendant dans l'eau il mime son ensevelissement et la descente aux enfers, et quand il en ressort, il mime sa sortie du tombeau, sa victoire sur la mort, et il annonce la vraie vie selon la Trinité qui est manifestée par la présence de l'Esprit sous l'apparence d'une colombe et par la voix qui dit "Celui-ci est mon Fils bien-aimé". Il y a aussi dans le baptême au Jourdain des actes qui signifient l'abandon des péchés par les contemporains de Jean-Baptiste, et la prise sur Lui des péchés des hommes, ce qui explique que Jean s'exclame "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde."
De même, le Jeudi Saint, Jésus mime par anticipation la séparation de son corps et de son sang, qui sera effective le lendemain, et par ce mime au cours du repas il place son sacrifice au coeur de toutes les messes.
Ainsi l'union des corps dans le mariage symbolise l'union à Dieu, qui nous transforme comme l'union d'Abraham à Dieu lui a fait changer toutes ses perspectives : dans le mariage, les deux personnalités se transforment l'une l'autre. Et l'enfant, qui ressemble aux deux - et chaque enfant est un équilibre nouveau entre les deux personnalités, qu'on ne peut pas prévoir - l'enfant, donc, symbolise l'acceptation du don total transformant des époux l'un à l'autre, et par conséquent il symbolise l'union de chacun des époux à Dieu.
Et quand je dis "symboliser" il faut comprendre cela dans le contexte sacramentel, c'est à dire dans une perspective efficace, en sorte que ce verbe devient à peu près synonyme de "réaliser".
Il faut aussi contester les affirmations de Turlure sur le Concile Vatican II, qui sont très approximatives. Ainsi l'affirmation de la collégialité manifeste davantage une volonté de changer la forme du gouvernement de l'Eglise qu'autre chose. Il est certain que les Apôtres formaient un collège, mais avec une tête, Saint Pierre. Le Concile de Jérusalem manifeste cette collégialité en actes.
Durant le premier millénaire, les diocèses fonctionnaient de façon très indépendante juridiquement, même si les évêques pratiquaient la collégialité en se réunissant souvent en conciles régionaux, qui étaient des sortes de conférences épiscopales (mais l'analogie doit tenir compte de l'émergence, entre temps, des Etats-Nations). Au XIème siècle, avec la réforme grégorienne, on en arrive à un gouvernement de l'Eglise de plus en plus centralisé. La nécessité d'un changement s'est fait sentir quand l'évangélisation a touché en masse des gens appartenant à d'autres aires que celle des Indo-européens - ou des Occidentaux si l'on préfère.
Quant à un changement au sujet de la liberté religieuse, l'affirmation est plus que contestable. Au XIXème siècle, l'Eglise vivait dans un contexte d'individualisme, et affirmait que l'individu n'est pas libre par rapport à la religion, qu'il doit chercher la vraie et y adhérer. Ces choses ont été rappelées à Vatican II. Le changement n'est donc que de perspective : au XXème siècle l'Eglise doit réagir contre des totalitarismes, et doit rappeler que la religion est libre par rapport aux Etats. Cette différence de perspective fait penser au changement de pensée quand on passe d'un génitif subjectif à un génitif objectif : ainsi dans l'expression "l'amour des parents", on peut considérer l'amour des parents envers leurs enfants (les parents sont dans ce cas sujet de l'acte d'aimer) ou bien l'amour des enfants pour leurs parents (et là les parents sont objet de l'acte d'aimer).
Bref, méfions-nous de notre mentalité contemporaine occidentale. Elle est toute pétrie de mathématiques, ce qui ne sert à raisonner que sur ce qui se mesure, à savoir la matière. Elle ne sert pas à raisonner sur le beau, le vrai et le bien, qui ne se mesurent pas avec des nombres ; elle ne sert pas à raisonner sur les émotions, les sentiments, les valeurs, les devoirs, bref tout ce qui donne du goût à la vie.
C'est pourquoi il y a grande présomption à s'écarter aujourd'hui de la doctrine traditionnelle de l'Eglise catholique, quand nous devrions être très prudents à cause de notre mentalité stérilisée.
J'ajoute que Turlure à l'appui de ses dires invoque un argument salace digne de Golias sur la façon des époux de s'unir. J'ai été neuf ans missionnaire en Afrique Noire, au Zaïre et au Bénin, et j'ai travaillé successivement avec des Pères Blancs du Cardinal Lavigerie, et avec des Missionnaires d'Afrique de Lyon ; j'ai aussi été deux ans à Dakar où j'ai rencontré des Spiritains ; tous avaient un oeil critique sur leurs façons de faire et celles de leur devanciers : aucun n'a jamais évoqué ce genre de chose en ma présence, et pourtant certains d'entre eux avaient une mentalité à le faire si cela avait été la règle. Si vraiment la chose a pu exister, cela n'a pu être que marginal et ne peut être considéré comme enseignement de l'Eglise.
Je comprend donc parfaitement l'attitude d'Yves Daoudal de dénoncer dans ce fil des attitudes anticatholiques ("Oh, ça, c'est du Paul VI", comme si Saint Paul VI n'avait été qu'un simple théologien privé !) et de ne plus y intervenir. Si je l'ai fait c'est que comme prêtre je me suis fait un devoir d'essayer d'expliquer l'enseignement de l'Eglise. Je l'ai fait à ma façon, il y a sans doute d'autres points de vue à exposer pour illustrer la pensée de l'Eglise, mais je crois à la parole de Jésus à ses Apôtres - et à leurs successeurs unis au successeur de Pierre - "Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me rejette" (Lc 10, 16).
VdP
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