Je ne sais pourquoi le point IV de l'article de l'Ami du clergé, en 1922, sur lequel tout le monde ici semble tomber d'accord, me laisse insatisfait.
Je vous exprime, en quelque sorte, l'opinion d'un béotien, non rompu aux joutes théologiques, ayant une connaissance limitée des auteurs, puisque je ne suis pas un théologien professionnel. Mais justement les béotiens n'ont-ils pas le droit de faire sentir leurs réticences ? Ne jouent-ils pas, en quelque sorte, le rôle d'un candide qui peut jeter un œil neuf sur la question débattue ?
Évidemment, le Pape n’a pas voulu dirimer la controverse qui existe sur le chapitre des hérétiques occultes.
Ce n'était pas son propos puisque aussi bien il ne traite que des hérétiques qui rejettent intérieurement le dogme de l'Immaculée Conception ici défini. Il n'a pas parlé de tous les hérétiques occultes mais seulement d'un seul cas. Mais il le fait en termes catégoriques, qui ne laissent aucune place à l'opinion opposée. Et cette solution pour une seule espèce d'hérétiques vaut évidemment pour tous, et même pour les schismatiques et les apostats seulement de cœur. Il n'a pas voulu dirimer le débat mais il l'a dirimé en fait. Et après lui on ne peut plus soutenir que l'hérésie occulte ne rompt pas de fait l'unité avec l’Église.
On trouve extravagant, cependant, que le magistère intervienne ici, comme subrepticement,
lite pendente, dans un débat entre théologiens. Mais qui est juge de l'action du magistère ? Certainement pas les théologiens. Le magistère reste libre de son intervention, même inopportune, et de son enseignement, même hardi, dans une opinion débattue jusque là.
Il ne saurait donc être question ici que de la défection purement intérieure consommée par le péché d’hérésie.
Tout à fait d'accord, mais justement la défection purement intérieure consommée par le péché d'hérésie, même tacite, suffit pour détacher l'âme de l'unité avec le Corps mystique du Christ, et donc de l’Église, car l’Église est avant tout une réalité spirituelle et intérieure, indissolublement jointe au Corps extérieur et visible. Et la citation de saint Jean, qui suit, ne fait que confirmer ce point de vue. S'ils se sont visiblement détachés de l’Église, c'est que justement, dans leur cœur et dans la réalité ontologique, ils n'en faisaient déjà plus partie.
« Ils sont sortis d’entre nous, mais ils n’étaient pas des nôtres... c’est afin de manifester que tous ne sont pas des nôtres. » (1 Jn 2, 19)
Et d'ailleurs raisonnons peu mais raisonnons bien : il y a trois sortes de gens qui ne font pas partie de l'unité de l'Eglise : les hérétiques, les schismatiques et les excommuniés. Or précisément les hérétiques même occultes sont déjà des hérétiques,
donc ils sont hors de l'unité de l’Église. En d'autres termes l'hérésie est un péché contre la foi, donc avant tout un péché intérieur.
Je concède cependant que la phrase incriminée de Pie IX ne fait pas partie à proprement parler de la définition du dogme. Elle n'est donc pas couverte par l'infaillibilité. Mais elle en est très proche. Elle est difficilement détachable du contexte dans lequel elle a été proférée. Elle apparaît comme une conséquence directe et inéluctable, indiscutable, du dogme qui vient d'être promulgué. A mon avis, elle exprime désormais l'enseignement ordinaire de l’Église en la matière. On ne peut pas ne pas en tenir compte. Si Pie XII l'avait prononcée telle quelle dans
Mystici Corporis, tout le monde s'inclinerait, bien que ce document ne soit pas à proprement parler une définition dogmatique. Mais son enseignement s'impose aux catholiques.